‹ LeibnizChapitre 239 sur 310 · ÎSro., 205a-b · texte numérisé non relu

ÎSro., 205a-b

celle qu'il trouve dans la contemplation de ses attributs infinis, mais celle qui lui vient de leur manifestation à travers l'espace et le temps et qui est à la première « comme l'ombre au corps ou l'image au modèle »*. La gloire de Dieu, c'est l'ordre qui se réalise, c'est l'ordre en tant qu'il devient et fait effort pour se conquérir tout entier.

Mais l'ordre qui devient ne s'explique pas par lui-même. Il suppose un ordre qui est. Tout ce qui se démontre en mathématique, et en quelque autre science que ce soit, est nécessaire et immuable; « puisque l'effet de la démonstration est de faire voir que la chose ne peut être autrement qu'elle est démontrée ». La vérité est éternelle de sa nature2. Il faut donc aussi, et par là même, que les propositions morales, celles qui traduisent les rapports de Dieu avec les créatures ou des créatures entre elles, possèdent le même caractère d'indéfectibilité. Hobbes a commis une erreur radicale, en soutenant que l'idée du bien n'a d'autre règle que l'opinion. Si l'on ne conçoit pas que deux et deux cessent un beau jour de faire quatre, on ne conçoit pas davantage un état de choses où il nous deviendrait permis de blasphémer, de calomnier nos semblables ou de nous en prendre à leur vie sans raison. Il y a un fond de possibilités immuables qui contient, non seulement les rapports de grandeur que les choses soutiennent entre elles, mais aussi leurs rapports de perfection. L'idéal de l'ordre moral est éternel comme celui de la science, et au même titre.

« On demandera encore en quoi est fondé » cet idéal, « puisqu'il y a de la réalité là dedans .et qui ne trompe pas » ... Cela nous mène enfin au dernier fondement des vérités, savoir à cet esprit suprême et universel, qui ne peut manquer d'exister, et dont l'entendement, à dire vrai, est la région des vérités éternelles, comme S1 Augustin l'a reconnu, et l'exprime d'une manière assez vive... C'est là où je trouve l'original » de tous les intelligibles, et par suite l'original de

1. Gerh , Math., VIII, 18 {L. à Wolf, 21 févr. 1705). — Cf. Baruzi, Leibniz, 338-339 [Corresp. avec Morell, 1696) ; — F. Car., VII, 34; — Gerh., Phil., III, 3 02 [L. à Burnett, vers 1705).

Page 1