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LA CITÉ DE DIEU
ces idées et connexions d'idées dont l'ensemble constitue la règle de notre conduite. Considéré dans son principe ultime, l'idéal de Tordre moral est éternellement subsistant, éternellement pur de tout mélange, toujours également entendu et voulu par un esprit qui ne souffre lui-même ni variation ni déclin ; et c'est de ces cimes de l'être qu'il rayonne comme un soleil à travers la nature et dans notre pensée, suivant la remarque profonde de Platon1.
Ainsi, le bien conserve toujours son identité de fond; mais il revêt trois formes principales, suivant la différence des points de vue sous lesquels on le considère. Le bien, c'est Tordre ; le bien, c'est cette gloire extérieure de Dieu qui consiste dans la réalisation progressive de Tordre à travers le temps et l'espace; le bien, c'est Dieu lui-même, et à plusieurs titres. Il est l'idéal éternel et vivant de Tordre, il en est le fondement ultime et l'invincible garant.
IL — Le bonheur.
Ce qui fait la bonté de l'être, ce n'est pas sa grandeur; c'est la belle ordonnance de ses parties. De plus, cette harmonie ne vaut pas seulement par son « intelligibilité » ou facilité d'être comprise; elle a son écho dans la sensibilité et s'y traduit en joie : le plaisir, de quelque faculté qu'il relève, est toujours le « sentiment d'une perfection ». Nous voulons être heureux, nous ne voulons rien que cela ou pour cela : le désir du bonheur est le levier unique de notre activité tout entière2. Or d'où procède ce bien suprême? De Tordre et rien que de là : Tordre est cette source « sans mélange », où les esprits boivent le nectar en compagnie des dieux et dont Platon disait qu'il faut la laisser couler à Tindéfini « dans la vallée d'Homère »3.