Erd., 379b-380 (N. Essais
2. Gerh., Phil., II, 577-578 {L. à Nicaise, mai 1697); Ibid., III, 425 {L. à Coste, 30 may 1712).
3. Erd., 671-672 {Von de?- gliickseligkeit); — Gerh., Phil., VII, 108 {De la générosité); Ibid., I, 128 {Bevierkung. von Leib.); Ibid., VII, 271 {Tent.
Le bien naturel est en même temps le bien moral : encore un point décisif que Spinoza n'a pas su comprendre1. Il importe aussi d'observer que cette relation causale, bien que conforme à la réalité des choses, n'a pas du tout la nécessité d'une vérité mathématique. Il se pourrait physiquement que l'ordre qui se révèle dans la nature fût très différent de ce qu'il est en fait ; il se pourrait aussi, du même point de vue, que les âmes eussent une autre manière de sentir ou d'être impressionnées. Et, dans l'un et l'autre cas, le spectacle de l'ordre nous laisserait indifférents ou n'y produirait que de la douleur. L'accord du bien et de l'émotivité est synthétique, pour employer le langage de Kant ; et, pour parler comme Leibniz lui-même, il se range dans la catégorie des vérités contingentes. C'est Dieu qui l'a établi, et parce qu'il suit en toutes choses le principe du meilleur. « La félicité est aux personnes ce que la perfection est aux estres. Et si le premier principe de l'existence du monde physique est le décret de luy donner le plus de perfection qu'il se peut, le premier dessein du monde moral ou de la Cité de Dieu, qui est la plus noble partie de V univers, doit estre d'y répandre le plus de félicité qu'il sera possible2. »
Mais qu'est-ce que le bonheur d'après Leibniz? C'est un point qu'il faut préciser; car il s'en fait une idée particulière et qui tient aux principes de son système.
Le bonheur est un sentiment qui vient de l'ordre, « sensus perfectionis », et ce sentiment doit être « durable »; un plaisir éphémère ne fait pas plus le bonheur qu'une hirondelle le printemps". Mais il n'est pas nécessaire que cet état
anagogic); Ibid., II, 581-582 {L. à Nicaise, 1698); Ibid., I, 357 {L. à Malebr., 13/23 mars 1699) : la justice est la conformité de la vie à la sagesse et « la sagesse est la science de la félicité »; Ibid., VI, 507 [L. à la Reine Charlotte, 1700-1705); Ibid., III, 38.4 (L. à Coste, 4 juil. 1706) : « L'Honneste n'est autre chose que l'Agréable de la raison »; Gerh., Math., VIII, 18 (L. à Wolf, 21 févr. 1705); Ibid., 171-172 (L. au même, 18 mai 1715).
1. Erd., 149a {De orig. rerum). — Cf. Spinoza, Cogit. Met., t. III, 204; t. I, Ethic., Pars la, 69-71, éd. Van Vloten, la Haye, 1895.
2. Est., 92 {Disc, de Met.); — P. Jan., 689-690 {Corresp. avec Arnauld, 1690); — Erd., 149a {De orig. rerum).
3. Erd., 73b {De tranq. an.); — P. Jan., 690 {Corresp. avec Arnauld, 1690); — Erd., 671a ( Von der gliickseligkeit); — Gerh., Phil., VII, 73 {Défin.) : «Félicitas est lœtitia durabilis ; lsetitia est status voluptatum, in quo sensus volup-
LA CITÉ DE DIEU
réponde au « plein accomplissement de tous nos vœux » ; c'est môme impossible. La félicité en repos, celle d'où s'est effacé tout indice de désir, n'appartient qu'à l'être qui possède et connaît toujours également toutes les perfections : elle ne se trouve qu'en Dieu. La créature en est essentiellement incapable, et parce qu'elle est finie1.
Tous les esprits créés sont soumis à la loi du changement. Leur vie est un perpétuel effort pour s'élever de la perception confuse à la perception distincte, comme l'a bien vu Spinoza, mieux inspiré en cette matière. Et le ressort interne qui les pousse en avant, qui les maintient sans relâche dans cette marche ascensionnelle vers la joie d'une lumière plus pleine et plus pure, n'est autre que le sentiment qu'il reste toujours quelque chose à connaître ou du moins à mieux connaître, une sorte d' « inquiétude » constante qui, sans aller jusqu'à la douleur, ne laisse pas d'être suffisante « pour servir d'aiguillon et pour exciter la volonté ». Ainsi de l'homme; ainsi des intelligences qui nous sont supérieures, telles que les anges et les archanges, dont l'eAistence n'est pas tout à fait fictive, comme on le pense trop souvent ; puisqu'elles servent à combler « le vide de formes » qui s'accuse entre notre pensée et celle de Dieu. « La félicité des créatures » n'est donc pas une sorte de béatitude statique ; cet état de pleine quiétude ne convient pas à leur nature et les rendrait « stupides » : elles ne peuvent connaître que la forme inquiète du bonheur2. Leur félicité est une « joie dominante » et toujours en progrès, « un acheminement continuel à une plus grande perfection », « ou du moins la variation d'un même degré de perfection3 » : c'est « pour *iinsi dire un chemin par des plaisirs »4.
tatis tantus est, ut sensus doloris pre& eo non sit notabilis » ; Ibid., Phih, VI, 507 (L. à Charlotte de Prusse, 1700-1705) ; — Erd., 214a (N. Essais) ; — Gerh., Math., VIII, 171-172 (L. à Wolf, 18 mai 1715).
1. P. Jan., 690 (Corresp. avec Arnauld, 1690) ; — Erd., 149b-150 (De orig. rerum, 1697); Ibid., 258b-259a, 261a (IV. Essais); — Geuh., Math., VIII, 18, 43 (L. à Wolf, 1705); — Erd., 718b (Princip. de la nat. et de la gr., 1714).