Ibid., 568 (L. au même, 30 avril-10 mai
3. Ibid., 584-585 (L. au même, 23 déc. 1698). Venait de paraître le dialogue intitulé : les Adieux de Nicodème, solliciteur en cour de Rome, y&rMad. Guyon et son compère Bonnefoy, « où les choses, dit Leibniz, paraissent outrées et traitées peu délicatement » (eod. loc).
LA CITÉ DE DIEU
équivoque ; et, pour la supprimer, il apporte sa définition de l'amour pur. Voici sa manière de la faire valoir. Il faut aimer Dieu par-dessus toutes choses : c'est un précepte qui ne souffre aucun doute. D'autre paît, l'homme ne peut point renoncer à son propre bonheur; car il l'aime naturellement, nécessairement. Par suite, il peut encore moins renoncer à son salut éternel. Ce sacrifice absolu de soi-même implique d'ailleurs une faute d'impiété : « Ne se soucier point d'être bienheureux, c'est ne se soucier point de posséder Dieu, c'est-à-dire le mépriser. » Il peut même y avoir là dedans une sorte « d'athéisme subtil », pareil à celui de certains philosophes arabes1. Quant à « la supposition qu'un amateur de Dieu pourrait être content quand il serait damné, c'est une fiction d'un cas impossible »2. 11 reste aussi, dans l'indifférence dont parlent les quiétistes, une équivoque qu'il faudrait dissiper. Qu'entendent-ils par ce mot? S'il s'agit simplement du devoir de « soumettre notre volonté à celle de Dieu et de ne vouloir que ce qu'il veut, c'est la chose du monde la plus raisonnable »3. Mais, si l'on avait l'intention de signifier par là que l'âme, absorbée dans la contemplation des perfections divines, n'a plus à s'occuper du jeu de ses facultés inférieures et de ses devoirs envers le prochain, l'idée serait on ne peut plus funeste : « Une telle abnégation, sous des beaux mots, renverserait toute la piété et toute la vertu4. »
Ces embarras disparaissent comme par enchantement, lorsqu'on entend par amour « le plaisir qu'on trouve dans la félicité d'autruy ». On voit dès lors « comment nous cherchons en même temps nostre propre bien pour nous et le bien de l'objet aimé pour luy-même; lorsque le bien de cet objet est immédiatement, dernièrement (ultimato) et par luy-même nostre but, nostre plaisir et nostre bien, comme il arrive à l'égard de toutes les choses qu'on souhaite parce qu'elles nous plaisent par elles-mêmes, et sont par