Ibid
4. Ibid., 343 (1er oct. 1697); — Gerh., Phil., II, 578 [L. à Nicaise, 28 mai 1697).
conséquent bonnes de soy, quand on n'aurait aucun égard aux conséquences ; ce sont des fins et non pas des moyens ». On voit aussi par la même définition « comment l'amour divin est infiniment au dessus des amours des créatures; car les autres objets dignes d'estre aimés, font en effect partie de nostre contentement ou de nostre bonheur, en tant que leur perfection nous touche, au lieu que la félicité de Dieu ne fait pas une partie de nostre bonheur, mais le tout ». On échappe en même temps à cette « indifférence » absolue, à cette sorte « d'anéantissement de l'âme abymée en Dieu » qui peut conduire « au libertinage dans la practique » *. Et la raison de ce retour du passif à l'actif n'est pas difficile à saisir. Se complaire en Dieu, c'est du même coup vouloir ce qu'il veut, c'est vouloir le bien commun ou sa gloire : ce qui constitue le principe de toute vraie charité2.
Ce qu'il y a de curieux, ce sont les ressemblances de celte manière de raisonner avec celle de Bossuet : des deux côtés, c'est la même protestation contre « l'amour pur », où l'individu ne compte plus, et contre les conséquences dogmatiques ou morales qu'il entraîne. M. de Meaux et le philosophe protestant s'entendaient mieux sur cette matière que sur le problème de l'union des Églises3. La. question n'était cependant pas vidée par là. Je suppose qu'au moment de mourir, j'aie la certitude d'un anéantissement absolu. Que ferai-je dans cette situation? serai-je dispensé d'aimer Dieu, parce que je vais perdre pour jamais le bonheur d'en jouir? « Je suis obligé, disait Fénelon, je suis obligé, en expirant, d'aimer [Dieu] de toutes mes forces. Si j'y manque, je suis « un monstre, et l'ordre est renversé4 ». Et voilà l'amour de « tête » qui revient, celui dont a parlé saint François de Sales et qui ne parait qu'à « la plus fine pointe de l'esprit »; voilà l'amour qui ne trouve son principe et
1. Gerh., Phil., II, 577-578 {L. à Niçoise, vers le 19 août 1697); — Cf. lbid., Phil, III, 207 {L. à Burnett, 8/18 mai 1697).