V. plus haut, pp
3. E. Lévesque, Œuvre inédite de Bossuet, instruction sur les états d'oraison, seconde partie, pp. 72-75, 101-104, 195, 229, 245-255, Paris, 1897.
4. Œuvres complètes de Fénelon, t. II, 407a-b, éd. Caron et Gosselin, Paris, 1848-1852.
LA CITÉ DE DIEU
sa loi que dans la raison. Sans doute, il est chimérique dans la « cité de Dieu », vu qu'en fait le bonheur de l'individu s'y concilie avec l'intérêt général. Mais il demeure en droit, et pour cette raison très simple que, quoi qu'il nous arrive, le bien garde toujours sa même valeur intrinsèque.
Pourquoi Leibniz a-t-il attaché tant d'importance à l'étude des phénomènes mystiques? II va jusqu'à dire que « peutêtre il a médité avec autant d'application que M. Poiret luimême, à ce qui est de la véritable théologie intérieure »4; et il n'est pas loin de se croire plus compétent sur ce genre de questions que l'archevêque de Gambray et l'évêque de Meaux; il « a peur » que ces deux prélats n'aient « pas assez de connaissance des matières véritablement spirituelles » 2.
Ce n'est pas qu'il se soit jamais senti quelque penchant pour la vie mystique. On peut même dire que sa nature intellectualiste le rendait inaccessible à toute tentation de ce côté-là. Si Leibniz a tourné son attention vers les questions qui se rapportent au mysticisme, c'est d'abord par curiosité scientifique. « Humani nil a me alienum puto » : telle était sa devise; et il l'appliquait de préférence aux phénomènes qui lui semblaient rares ou anormaux, plus volontiers encore à ceux qui, par leur singularité, pouvaient apporter en psychologie quelque nouvelle lumière. N'estce pas pour cette raison qu'il était entré dans la société des Rose-Croix? Mais, si réelle qu'elle puisse être, cette réponse ne va pas jusqu'au fond ; il y a quelque autre chose. Leibniz était croyant; et la vie mystique lui apparaissait comme l'efflorence de la vie religieuse elle-même. Directement ou sur les sommets de la logique, l'âme trouve Dieu. Elle s'éprend alors d'amour pour cet idéal subsistant de la perfection ; elle veut s'unir à lui. elle veut se plonger dans cette source éternelle du vrai bonheur : et voilà le