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d'essais ? C'est ce qu'il convient d'examiner maintenant.

Platon et Aristote fondaient le droit sur notre aspiration naturelle au bonheur : il leur semblait que, si cette aspiration était illusoire, la vie n'aurait plus aucun sens et par là même aucun prix; Platon surtout est très catégorique à cet égard1.

C'est de la même idée que part Leibniz ; mais il en pousse l'analyse beaucoup plus loin et lui donne un caractère très personnel.

L'homme est fait pour être heureux2; il a donc droit au bonheur3. De là dérive toute une suite de corollaires qui fixent nos rapports avec nos semblables, avec nous-même et avec Dieu.

Dire que l'homme a droit au bonheur, c'est dire du même coup qu'il a droit aux moyens qui sont nécessaires à l'obtention de cette fin suprême; c'est affirmer que l'individu ne peut être inquiété sans raison légitime ni dans sa personne, ni dans son honneur, ni dans ses biens.

Mais cette série d'inviolabilités ne suffit pas à faire que l'individu puisse atteindre sa fin naturelle; pour obtenir ce bien des biens, il lui faut en même temps la collaboration de ses semblables.

Dire que l'homme a droit au bonheur, ce n'est pas dire seulement qu'il a droit au respect de tous, c'est affirmer aussi qu'il a droit à leur concours : non point que nous puissions traduire à la barre ceux qui refusent de nous venir en aide, comme si nous avions à défendre notre tète, notre honneur ou nos biens; mais l'équité naturelle, plus juste que le droit strict ou proprement dit, veut que chacun ait le plus de joie et le moins de douleur possible4. C'est là d'ailleurs une idée de fond que Leibniz pousse avec une certaine hardiesse. Il va jusqu'à reconnaître le droit au travail5 : et cela, non seulement par intérêt pour l'individu, mais aussi parce que la misère est, aussi bien que le luxe, un principe

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