G. Mollat, 2-3; Erd., 119a
LA CITÉ DE DIEU
- Empêcher les citoyens de se nuire les uns aux autres et promouvoir le bien commun : telle est la raison d'être de l'État. Elle correspond aux deux degrés de la justice que l'on a déjà vus et qui consistent, l'un à ne pas faire de mal, l'autre à concourir au bonheur d'autrui1.
On voit par là quelle peut être l'extension du pouvoir public. Elle est considérable.
Sans doute, l'État n'a pas le droit de tyranniser les intelligences; « la jurisprudence est la science de la liberté ». Mais c'est à lui que revient le soin de l'éducation et de l'enseignement. Fonder des écoles pour les enfants, ouvrir des collèges, créer des universités et des académies, veiller à l'heureux fonctionnement de toutes ces institutions : voilà l'une des charges les plus importantes du pouvoir social. Car il ne faut pas oublier le but, qui est d'obtenir le plus de bonheur possible. Or rien n'y contribue avec autant d'efficacité qu'une bonne formation des esprits'2.
L'État ne doit pas aller non plus jusqu'à supprimer « la propriété des biens » . Il ne peut trouver que des embarras inextricables à se charger de « tout le domestique des hommes ».
Cet accaparement radical entraînerait d'ailleurs un inconvénient d'un autre genre et qui est peut-être plus grave encore, celui de supprimer l'émulation : « si tout était commun, [le bien général] serait négligé par les particuliers, à moins qu'on n'y mit ordre comme chez les religieux, ce qui serait difficile dans le siècle ». Il est mille fois préférable que chacun ait sa « sparte » et travaille à l'orner de son mieux. Ce n'est pas cependant que le droit de possession soit chose absolue. On « peut y faire quelque brèche »... pour la sûreté commune et même pour un grand bien commun, d'où vient ce qu'on appelle dominum eminens ». 11 ne faut pas oublier que tout homme a droit de vivre et que la misère, qui est une école d'immoralité, peut en outre provoquer des révolutions3.