‹ LeibnizChapitre 278 sur 310 · Klopp, VII, 119 (L. à Mad. de Brinon, 16 juil · texte numérisé non relu

Klopp, VII, 119 (L. à Mad. de Brinon, 16 juil

5. Baruzi, Leib., 200 (L. au Landgrave de Hessen-Reinfels..., janv. 1684); Ibid., 191 (L. à Mad. de Brinon, 7/17 avril 1692).

LA CITÉ DE DIEU

supposez un homme qui soit dans l'erreur invincible à l'égard de quelque dogme admis dans l'Église Romaine; personne au monde n'a le droit de le frapper d'anathème, encore moins de l'amener par la force à changer de sentiment, aussi longtemps qu'il n'a point vu la raison d'en changer. Car « il n'est pas en nostre pouvoir d'avoir une opinion, ou de ne l'avoir pas », à moins qu'on ne nous laisse du temps à cette fin1 ; et de dire à quelqu'un qu'il lui faut croire ceci ou cela, lorsqu'il n'en voit pas encore le bien-fondé, ce n'est pas seulement s'en prendre aux droits les plus sacrés de l'homme ; c'est nier la raison elle-même, cette lumière que M. Claude appelait le Rayon, et sans laquelle il n'y a plus ni sciences, ni croyances2.

L'Église invisible ne se viole pas : c'est le temple de Dieu. L'autre présente un caractère différent; et du fait qu'elle est la demeure des hommes.

D'abord, et pour les raisons que l'on vient de voir, elle ne peut rien contre l'erreur invincible, quel que soit son objet, quand même elle porterait sur des vérités dites de foi. Par suite, « tous ceux qui entretiennent le schisme par leur faute, en mettant des obstacles à la reconciliation, contraires à la charité, sont véritablement des schismatiques : au lieu que ceux qui sont prests à faire tout ce qui se peut pour entretenir encor la communion extérieure, sont catholiques en effet3 », et pleinement, non « à moitié », comme on s'est plu à le dire. Les rôles sont changés, aux yeux des personnes qui ont compris pour de bon ce qui constitue la vraie église : ce sont les romains qui deviennent les hérétiques, et du fait qu'ils s'en prennent à des hommes de bonne foi qui conservent par ailleurs « l'amour de Dieu et l'obéissance filiale ».

D'autre part, on peut admettre que les Conciles œcuméniques sont infaillibles. C'est même un principe qu'il faut

1. Klopp, VII, 86 (L. au Landgrave de Hesse..., 3/13 oct. 1690).; — Baruzi, Leib., 195-196 (L. à Bossuet, 3 sept. 1700).

2. [bid., 190-191 [L. à Mm0 de Brinon, 18/28 févr. 1695); ïbid., 176-177 (L. au Landgrave de Hesse...).

3. Klopp, VII, 119-120 (L. à Mad. de Brinon, 16 juill. 1691).

placer à la base de toute discussion sérieuse *. Mais, en fait, on a toujours droit de se demander si tel ou tel concile dit œcuménique mérite réellement cette appellation. Et la question s'impose à propos de celui de Trente. La résistance des églises protestantes sur ce point n'est pas l'effet d'un parti-pris; elle a son fondement dans l'histoire de cette assemblée. « Les ambassadeurs de France déclarèrent dans le Concile mesme, qu'ils ne le tenaient pas pour libre, ny les décisions pour légitimes, et que la France ne les recevrait pas; et là-dessus ils se retirèrent ». « Lorsque le concile de Trente fut terminé, on fit mine en France de ne pas le tenir pour un concile œcuménique, comme le tesmoignent les actes et mémoires qu'on a publiés2 ». « Par après, les Nonces des Papes sollicitans toujours la réception du Concile en France, la reine Catherine de Medicis, qui estait une princesse éclairée, répondit que cela n'estait nullement à propos, parce que cette réception rendrait le schisme des Protestans irrémédiable ; ce qui fait voir que ce n'est pas sur la discipline seulement, mais encore sur la foy, qu'on a refusé de resconnoistre ce Concile. » Les prélats qui instruisirent Henri IV à propos de sa conversion, « le dispensèrent de l'obligation de reconnoistre le concile de Trente dans sa profession de foy3 ». Plus tard, après la mort de Henry IV, « quoyque le clergé ait désiré, dans l'Assemblée des estats..., que [ce Concile] fust reconnu [comme général], par un acte authentique, le tiers estât et les cours souveraines s'y opposèrent4 ». On pourrait relever des variations analogues dans la manière dont les chrétiens ont parlé des « conciles de Constance et de Basle »5; mais la question a

1. Klopp, VII, 22 {Des méthodes de réunion, 1684); Ibid., VII, 174 {L. à Mad. de Brinon); — Bar., Leib., 184 (L. à Reuschenberg, 1702).

2. Klopp, VJI, 23 {Des méthodes de réunion); Ibid., 285 {L. à la duchesse douairière de Br. Lunebourg, 2 juill. 1694).

3. Ibid., 285 (L. à la duchesse douair. Br. Lunebourg, 2 juill. 1694).

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