Gerh., PhiL, III
ne faisait que préciser Tune des directions dans lesquelles Leibniz se mouvait depuis sa jeunesse. Le phénoménisme, l'empirisme à courte vue et les tendances matérialistes des insulaires : autant de formes de la pensée qui ont toujours offensé et inquiété son grand esprit. Locke lui jette la balle; il la lui retourne.
Quant à la Théodicée, Leibniz y a pensé dès l'âge de seize ans, en méditant dans la bibliothèque de son père sur les ouvrages de controverse qui s'y trouvaient, particulièrement sur le Serf arbitre de Luther et les Dialogues de Val la. Plus tard, il a « lu non seulement beaucoup de difficultés des nôtres et des réformés » 1 ; mais ensuite il « a pris l'avis en partie des livres des Jésuites et des Arminiens, en partie de ceux des Thomistes et des Jansénistes ». Les ouvrages de Hobbes, les livres de Spinoza, les articles du Dictionnaire de Bayle : autant de productions plus ou moins suggestives dont il s'est rendu compte, au fur et à mesure qu'elles ont paru. Or ce qu'il a conclu de tant de lectures diverses, c'est la nécessité toujours croissante d'introduire une doctrine conciliatrice et qui tienne. Il s'est « promis un beau jour d'écrire une Théodicée, et d'y venger la bonté, la sagesse et la justice de Dieu, aussi bien que sa toute-puissance et son inévitable influence ».
Les élégantes conversations de la cour de Prusse n'ont donc été pour cette œuvre de fond qu'une sorte de cause occasionnelle. Leibniz y avait travaillé pendant toute sa vie; et les circonstances n'ont été que le dernier rayon de soleil qui l'a fait éclore2.
La monadologie présente un autre caractère ; la composition en fut courte et toute circonstancielle. Mais cet élégant et substantiel traité n'est qu'une sorte de résumé de la doctrine répandue dans les œuvres précédentes. On peut le considérer comme le testament philosophique de Leibniz.
D'autre part, et c'est un point qu'il faut bien remarquer, ces œuvres doctrinales ne sont encore, pour l'auteur, que