‹ LeibnizChapitre 282 sur 310 · Bar., Leib · texte numérisé non relu

Bar., Leib

LA CITÉ DE DIEU

en esprit et en vérité, qui fait l'essence de la religion1. » Quoi qu'on pense de la divinité du Christ2, il ne doit pas être adoré « en tant qu'il a pris la nature humaine, mais plutôt à l'égard de l'essence divine, qui est seule toute parfaite3 ». Les dévotions sensibles sont donc ici déplacées. Et cette remarque porte plus loin qu'on ne pense. Que dire du culte qu'on rend à la Sainte Vierge et des prières publiques qu'on lui adresse? N'est-il pas manifeste qu'elle y devient une sorte de rivale de Dieu, tandis que la raison nous fait un devoir de mettre une distance infinie entre le Créateur et la créature? 11 en va de même, bien qu'à un moindre degré, du culte des saints. Sans doute, le principe n'en est pas blâmable. Mais combien de « gens tournent tout leur amour » vers le saint ou la sainte qu'ils préfèrent, « sans en avoir pour Dieu qu'ils devraient pourtant aimer sur toutes choses? N'est-il pas surprenant que l'esprit soit plus occupé de l'honneur d'une créature que de Dieu même4 »? D'ailleurs, quelles formes extravagantes, quelles singulières associations ce genre de dévotion n'a-t-il pas inspirées! « Je crois, [Madame], qu'à moins de vouloir cacher votre sentiment à vous-même, vous reconnaîtrez qu'en matière de culte vous ne trouvez pas parmi les nôtres les abus dont les personnes raisonnables même de votre parti se plaignent chez vous5. » En vérité, « ce n'est pas assez qu'on n'exige pas de nous de pratiquer ces choses ; il suffît qu'on exige de nous d'entrer en Communion avec ceux qui en

1. Klopp, VII, 206 (Leib. à Boss., 13 juil. 1692). — On constate les mêmes récriminations chez Hugens (Gerh., Math., II, 153, Hug. à Leib., du 12 janv. 1693) :1e savant bien connu ne saurait a s'imaginer comment une personne des prit peut se soumettre à croire des absurdités et les niaiseries qu'enseigne cette Religion ». Il s'agit de la Religion Romaine.

2. Leibniz regardait Jésus-Christ comme l'Envoyé de Dieu. Mais croyait-il à sa divinité ? C'est un point sur lequel il n'a jamais affirmé nettement sa pensée. Les passages sur lesquels on s'est fondé pour lui attribuer cette croyance sont de nature diplomatique; il est difficile d'y distinguer son idée personnelle de celles dont il est le simple interprète : V. Bar., Leib., 106-107 ; Gerh., Phil., I, 126 (Bemerhung... gegen Spinoza); Klopp., VIII, 397 (L. à l'Êlectrice Sophie, 18 nov. 1702).

3. F. Car., II, 87-88 (Leib. à Mad. de Brinon, 18/28 févr. 1695); — Cf. Gerh., Phil., Il, 544 [L. à Nie, 1693) ; Ibid., III, 101 (L. à Basnage, 1693).

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