IX. — L'humanité
Si les catholiques se refusent à l'union, elle se fera entre
1. Klopp, VII, 261 (L. à Mad. de Brinon, 23 oct. 1693). V., plus haut, la réponse de Bossuet, p. 19-20.
2. Pourtant Leibniz n'a-t-il pas concédé quelque chose de semblable dans son « système religieux », p. 92-94 (éd. de Mer Lacroix, 1846, Paris)? D'où vient qu'il se montre ici moins conciliant? — Cf. plus haut, p. 18.
LA CITÉ DE DIEU
protestants; et, à ce retranchement d'ordre quantitatif, on perdra moins qu'on ne pense, vu les superstitions dont l'Église Romaine est encrassée1. Mais l'alliance des Eglises ne représente qu'une partie de l'œuvre à faire. Il s'agit, en fin de compte, de travailler au progrès de l'humanité; et ce problème soulève à la fois deux questions, qui sont les suivantes : premièrement, que faut-il entendre par l'humanité? Secondement, quels sont les vrais moyens de la faire avancer sur la route du progrès?
L'humanité est l'ensemble des hommes qui croient ou peuvent croire au Christ; c'est l'ensemble des « hommes de bonne volonté ».
De cette communion immense et qui doit s'accroître à l'indéfini, les Turcs doivent être exceptés. Leur passé fait voir qu'ils ont toujours été les ennemis du Christ; et cette haine déjà plusieurs fois séculaire se fonde sur la brutalité de leur tempérament. Leur religion est exclusivement politique, dépourvue de tout sens surnaturel; et de leurs sujets ils n'ont jamais su faire que des esclaves. Ce peuple est irréductible aux croyances essentiellement spiritualistes qui nous sont venues de Nazareth.
C'est la honte de l'humanité et le grand obstacle à la diffusion du bien. Leur destinée est de disparaître 2 ; et c'est un grand mal que Louis XIV ne l'ait pas compris. En se jetant sur la Hollande au lieu d'envahir l'Égypte, il a manqué la plus grande occasion qui se soit présentée d'assurer à jamais la liberté du monde chrétien3.
1. Voir sur la réunion des Églises protestantes : 1° Klopp, V, 279 (Consultation touchant la guerre) ; VI, 163 (Consultation sur la paix faite à Ryswyck...);lXy 38 [L. à Mylord Roxborough, 1er sept. 1703); IX, 53-59 (Fruits delà campagne de 1703); Ibid., 88 (L. à Davenant);B\*., Leib., 206-210 (Inéd.) — Ce qui ressort de tous ces textes, c'est que Leibniz est protestant de cœur autant que d esprit : La religion protestante représente à ses yeux la fin des superstitions dont Rome est le foyer, la prédominance de la raison et la liberté. — V. plus haut, p. 20-22, p. 26-31.