V. plus haut, p. 209-212 (références sur tout
idéal d'exactitude et de brièveté dont l'esprit humain peut se rapprocher toujours davantage au plus grand profit des sciences. C'est ce qu'a entrevu M. de Morgan, ce qu'a montré Ch. S. Peirce et ce qu'a développé Schrôder dans son étude sur l'Algèbre de la Logique l. Leibniz lui-même a beaucoup contribué a perfectionner le symbolisme mathématique, en se conformant à ses vues sur la caractéristique universelle.
Pour utopique que Ton voudra, la correspondance des monades tient au cœur même de la philosophie de Leibniz ; elle vient de l'idée qu'il s'est faite de la substance. Et c'est un sujet sur lequel Leibniz a émis toute une série de vues dont il faudra toujours tenir compte.
La matière, enseignaient les cartésiens, est chose purement passive ; et le mouvement n'est en somme qu'une série successive de positions dans l'espace. Impossible, reprend Leibniz. « Quand je cherchai les dernières raisons du Mécanisme et les loix du Mouvement, je fus tout surpris de voir » qu'elles n'étaient pas dans les Mathématiques. « C'est ce qui me ramena aux Entéléchies, et du matériel au formel ». Il y a sous l'étendue un principe d'activité analogue à notre moi. La force n'est pas cantonnée dans le monde psychologique ; elle s'étend à toutes les substances et en fait le fond. La pensée d'Aristote était à base de vérité : l'être est matière et forme.
Il n'y a que de la matière, disaient les matérialistes du xvne siècle : le monde n'est qu'une lutte éternelle de corpuscules bruts, aveugles et sourds. Il n'y a que de la pensée, réplique fièrement Leibniz; car la matière ne s'explique pas toute seule. C'est une « multitude ». Il lui faut un principe d'unité ; et ce principe ne peut être qu'un centre de perception. Hobbes et Gassendi sont aux antipodes de la vérité, lorsqu'ils proclament que le dernier mot des choses est la matière ; et Descartes lui-même s'est arrêté à mi-chemin, en affirmant qu'elle est une substance au même titre que la pensée. La vraie conclusion, celle qui ressort de l'expérience mieux interrogée, celle aussi que requiert la science, c'est que rien n'existe que la pensée et dans la pensée, c'est que l'univers