Gerii., PhiL, VII, 542 (4 nov
Dieu est infini; il est donc parfait : Leibniz, d'accord avec tout son siècle, le conclut sans hésitation. Par là même, Dieu a créé le meilleur des mondes possibles, c'est-à-dire le plus beau ; car la bonté et la beauté ne sont que deux aspects d'une seule et même chose. C'était l'idée de Platon ; et Leibniz, qui s'est longuement familiarisé avec ce grand génie, admet cette identification de deux concepts en apparence très différents : lui aussi se fait une vision apollinienne de la nature.
Mais qu'est-ce que la beauté ? l'unité dans la variété. Par suite, il faut que le monde, pour réaliser son idéal, présente le maximum d'unité possible dans un maximum de variété qui doit aller à l'infini ; il faut qu'il ne s'y trouve aucune transition brusque, que tout s'y diversifie par degrés insensibles et dans l'unité d'un seul et même type d'être; la continuité est une des lois fondamentales de l'être en devenir1. Et cette loi dont le positif Hugens ne voyait pas la valeur, en face de laquelle la timidité de Malebranche restait perplexe, devient pour Leibniz la source de toute une série d'idées heureuses et dont quelques-unes ont une portée considérable.
Le calcul différentiel; la marche des rayons lumineux; le principe de la dynamique céleste qui n'est point l'atome, mais la force élastique et graduée à l'infini; les perceptions inaperçues ; la classification des espèces vivantes toutes reliées entre elles par d'insensibles chaînons et que nous ne réussirons jamais à découvrir complètement; l'immortalité de l'âme, dont la cessation brusque et radicale est un de ces sauts d'un extrême à l'autre que la nature ne peut admettre; l'unité fondamentale de la pensée et de l'étendue et par là même la suppression du dualisme scandaleux de Descartes : autant de sujets sur lesquels la continuité projette une lumière victorieuse, ou tout au moins qu'elle éclaire d'un jour nouveau. Immense est l'usage dé cette loi, « usus late patens ». Gomme le disait L'Hospital luimême, « elle est d'une utilité merveilleuse » : « il n'y a