L. Lévy-Bruhl, L'Allemagne, 6-1, Paris
s'est toujours prononcé, bien que moins chaudement vers la fin. Mais il existait de nom beaucoup plus que d'effet; et son autorité souveraine n'empêchait rien, ne prenait non plus aucune initiative qui fût efficace. Divisée en une infinité de provinces, de principautés, de seigneuries et de villes libres, l'Allemagne avait perdu de vue tout souci de l'intérêt général; chacun, sur son territoire grand ou petit, faisait ce qu'il voulait, levant des impôts à sa guise, usant ou abusant du droit de battre monnaie, occupé surtout de ses plaisirs, « ruinant ses sujets et essayant d'appauvrir ses voisins ».
Leibniz avait bien senti ces maux. Épuisement économique, faiblesse et torpeur politiques, oubli des choses de l'esprit, désunion et disparition du sentiment national : rien qui ne lui fût à cœur, comme on peut le voir surtout par l'édition de Klopp que nous avons citée plusieurs fois. A toutes ces déficiences, il avait cherché et proposé des remèdes. L'échec était resté complet : personne ne le comprenait ou même ne prêtait quelque attention aux vues de ce rêveur.
C'est pourlant de lui que la rédemption devait venir; les germes de vérité qu'il avait répandus en si grand nombre, n'étaient pas compromis pour de bon.
Il laissait après lui trois disciples : Christian Wolf avec lequel il avait longuement correspondu, Hansch et Bilfinger. Hansch fut son interprète le « plus fidèle » et Bilfinger « le plus ingénieux »'*. Mais ce ne sont pas eux qui donnèrent la poussée victorieuse. Elle vint surtout de Wolf, qui sut mettre « en petite monnaie, et quelquefois en billon, les lingots de Leibniz » 2.
Wolf ne laisse pas l'impression d'un esprit de premier ordre. Bien que parfois très pénétrant, comme par exemple dans les objections qu'il pousse contre Leibniz sur l'idée de perfection3 et la possibilité de l'être infini4, il ne voit pas d'ordinaire toute l'étendue et toute la profondeur des
1. Maine de Biran, Exposition de la doctrine phil. de Leibniz, p. 16, note 1, 1819, Paris.