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idées de son maître : il tend à le rapetisser; il lui arrive même d'en altérer la doctrine. Mais il réduit en un système didactique et clair les pensées que Leibniz a semées à l'état d'éparpillement dans ses nombreux ouvrages. « La seule voie, dit Wolf lui-même, pour parvenir à une connaissance certaine, est de déterminer le sens de tous les mots, et de déduire les vérités suivantes des vérités précédentes par une liaison nécessaire. » Et c'est là ce qu'il fait. Il va définissant chaque terme et démontrant chaque proposition, comme en géométrie : de l'ontologie ou métaphysique, jusqu'à la logique, jusqu'à la morale, en passant par la psychologie, ses gros volumes ne sont qu'un long tissu de déductions1. Ce procédé d'ailleurs ne s'opposait pas à la pensée de Descartes, encore moins à celle de Leibniz qui cherchait partout des définitions et voulait que l'on démontrât les axiomes.
De plus, Wolf sait enseigner. Dès son arrivée à Halle, où il vient d'être nommé professeur de philosophie, les étudiants accourent de tous côtés avec un empressement qui ne tarde pas à provoquer la haine des piétistes. En réponse aux accusations calomnieuses dont il est l'objet, le roi Frédéric Guillaume 1er finit par lui envoyer l'ordre de quitter ses États dans les vingt-quatre heures. Wolf s'enfuit à Marbourg dont l'université lui ouvre ses portes. Là, son succès augmente d'autant plus facilement qu'il y passe pour un martyr de la science indépendante. « Ludovici, dont l'histoire s'arrête en 1737, énumère déjà cent sept philosophes ou écrivains Wolfiens2. »
Wolf a compris également qu'il lui fallait, avant tout, parler à ses élèves leur langue maternelle. Il publie d'abord ses ouvrages en allemand ; ce n'est que plus tard qu'il les traduit en latin. Et cet usage de la langue nationale, si dédaigné jusqu'à lui, n'est pas, s'il faut l'en croire, un obstacle à l'expression de sa pensée. « J'ai éprouvé, dit-il, que notre langue maternelle se prête mieux à la science que la
1. Il donne une idée de la chose dans sa lettre à Leibniz du 18 mai 1705 (Gerh., Math., VIII, 26-27).