‹ LeibnizChapitre 30 sur 310 · Gerh., PM., Ilf, 673 (27 mars · texte numérisé non relu

Gerh., PM., Ilf, 673 (27 mars

Aussitôt Leibniz laisse échapper le souhait qu'il nourrit au fond du cœur : il voudrait que le vainqueur « régnât jusqu'à Moscou et jusqu'au fleuve d'Amour »J.

Dès 1697, il a deviné qu'en Pierre le Grand quelque chose d'extraordinaire se prépare et il essaie de l'aborder au château de Koppenbruk, bien que le Prince voyage en inconnu. Pendant plus de dix ans, il cherche le moyen de collaborer à son œuvre. Il se met en rapport avec Urbich, avec Le Fort, avec le comte Golofkin. Enfin, il voit le tzar lui-même à plusieurs reprises, à Torgau en 1711, à Karlsbad en 1712, à llerenhausen et à Pyrmont en 1716 2, et compose plusieurs rapports sur l'organisation nationale de la Russie. Écoles pour l'éducation de la jeunesse, bibliothèques, musées, galeries d'antiquités, vivaria, chambres d'expérience, laboratoires de chimie, etc. : autant d'institutions qu'il faudra créer et développer, si l'on veut élever dans ce peuple le niveau de la moralité et de la science. Mais ce que Leibniz désire avant, c'est de « travailler [ainsi] pour le bien-être du genre humain tout entier »; « car, dit-il, je considère le ciel comme ma patrie et les hommes bien nés comme mes compatriotes3 ». Et ce désir, qui était la « marotte » de Leibniz, revêt dans le cas donné un caractère fort précis : il s'agit cette fois d'ouvrir à l'Europe une voie de terre vers la Chine à travers le Caucase et les régions sibériennes4.

Mais comment faut-il comprendre la pénétration de l'Orient par l'Occident? Sans doute, elle doit être industrielle et commerciale; il y a toujours un Bacon dans Leibniz. Mais il importe au premier chef qu'elle devienne plus intime et plus profonde ; il faut qu'elle soit intellectuelle et morale : c'est la science de l'Europe, c'est la foi de l'Europe, et l'une et l'autre sous la forme de la caractéristique qu'il s'agit de

1. Guerïueiî, Leib. in seinen beziehiuxjcii zu Russland und Peter dem grossen, p. 491, Petersburg et Leipzig, in-8°, 1873.

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