‹ LeibnizChapitre 301 sur 310 · Lévy-Brlhl, toc. cit., p · texte numérisé non relu

Lévy-Brlhl, toc. cit., p

latine, et que l'on peut expliquer en fort bon allemand ce qui sonne en latin de façon horrible et barbare *. »

Un autre indice d'habileté et que lui inspire encore « la marotte de, Leibniz », celle d'être utile au bien de l'humanité, c'est que Wolf ne se borne pas à la spéculation; il proteste avec énergie contre la démoralisation de son siècle. Les mœurs de son temps étaient un mélange de corruption, de raffinement et de grossièreté. Les familles régnantes donnaient d'ordinaire le mauvais exemple ; la noblesse renchérissait sur les vices de ses maîtres et « contaminait le peu qui restait de haute bourgeoisie ». On faisait bon marché des devoirs du mariage et nombre d'écrivains se montraient très faibles sur ce point pourtant capital de morale domestique. Leibniz lui-même ne pensait-il pas que dans certaines circonstances la polygamie était tolérable ? Wolf est très ferme sur ce chapitre. Il maintient avec force que les obligations du mariage dérivent tout droit de la nature des choses et s'imposent également aux deux époux. Le luxe et la passion de jouir : voilà la cause de tout le mal. Il n'y a donc qu'à ramener l'esprit d'ordre et d'économie2.

Ces conclusions plaisaient d'autant plus qu'elles étaient données, non point au nom de l'autorité romaine ou de la confession d'Augsbourg, mais comme des verdicts de la raison impersonnelle et universelle. On l'avait enfin, cette science tant désirée qui se suffit à elle-même, qui n'a pas besoin de « béquilles théologiques » : l'on sortait enthousiasmé et satisfait.

Le succès fut immense. « La philosophie de Wolf, dit Edelmann en 1740, est tellement à la mode, même parmi les femmes, que c'est un engouement, une folie. Dès que deux ou trois personnes sont réunies, on peut être sûr que le dieu Wolf se trouve aussi parmi elles3. » Sa réputation, d'ailleurs, ne se confinait pas à l'Allemagne. Au bout d'un certain temps, les Académies de Paris, de Saint-Pétersbourg le nomment membre d'honneur. On l'appelle en Suède ;

. 1. Lévy-Bruhl, loc. cit., p. 64.

2. Ed. Zeller, Geschichte der deutschen philosophie seit Leibniz, p. 211.

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