Ibid., 716a (1714); Ibid., 763b, 765», 778a
joue le principe de raison dans le domaine des « vérités nécessaires », il faut chercher ce qu'il devient dans celui des « vérités de fait ».
Très souvent, Leibniz parle tout simplement de « raison suffisante », quand il s'agit de l'origine du monde ou des phénomènes dont il est le théâtre ; il lui arrive d'employer le terme de raison et celui de cause comme des équivalents : c'est qu'alors il n'a pas besoin d'un langage plus exact pour se faire comprendre. Mais, quand il le faut, il sait également se servir du mot précis : « il existe aussi, dit-il, un pourquoi ou cause de l'être réel1, car la cause n'est pas autre chose que la raison du réel ». C'est à ce terme de cause, et pris dans le sens que lui donne Leibniz, que l'on va se tenir ici; le problème en paraîtra mieux délimité.
Il n'y a jamais dans la nature un surplus quelconque de réalité. Leibniz est étranger à l'idée d'un Monde où « l'être fait boule de neige ». Rien ne se perd; mais aussi rien ne se crée : il existe toujours la même somme de force et d'action motrice. Et de là résulte une conclusion sans cesse vérifiée par l'expérience : c'est que la réaction est égale à l'action; « la cause et; l'effect entier sont toujours équivalens, en sorte que l'effect, s'il y estait tourné tout entier, pourrait tousjours reproduire sa cause précisément, et ny plus ny moins 2. »
Ce n'est pas que ces lois fondamentales soient d'une « nécessité mathématique ». Ceux qui les prennent avec cette rigueur, montrent qu'ils ne sont encore que de simples géomètres; ils prouvent que leur esprit n'a pas atteint ces principes métaphysiques où réside la dernière raison des choses. Il se pourrait que la force et l'action motrice fussent d'une quantité variable ; il se pourrait aussi qu'entre la cause et l'effet il n'y eût pas l'équivalence que l'on constate dans le monde actuel : « il semble, en con-