‹ LeibnizChapitre 61 sur 310 · V. plus bas, p. 287, références · texte numérisé non relu

V. plus bas, p. 287, références

pensent plus ne descendent jamais jusqu'à zéro; mais elles demeurent susceptibles d'une diminution aussi grande que l'on voudra. La théorie des petites perceptions vient, comme le calcul différentiel, du principe de continuité1.

Il existe encore quelque chose de plus vaste et de plus profond dans la portée que Leibniz attribue à cet « axiome » de perfection : il y a trouvé l'une des idées maîtresses de sa métaphysique, la plus importante peut-être, du moins la plus fièrement spiritualiste. Au gré de Descartesf il y a d'un côté l'esprit, de l'autre l'étendue : ces deux extrêmes s'élèvent également à la dignité de substance et entre eux ne s'interpose aucun intermédiaire d'aucune espèce, la rupture est brusque et radicale. Ce sont deux mondes au lieu d'un, deux mondes entièrement séparés, dont chacun s'enveloppe en quelque sorte dans le silence d'un vide infini. On n'imagine rien de plus violemment contraire à la beauté d'une œuvre qui vient tout droit de la Souveraine Sagesse. La nature n'est digne de Dieu, que si l'esprit et l'étendue se ramènent de quelque manière à l'unité d'un même principe ; la nature n'est digne de Dieu que si elle est la réalisation différenciée à l'infini d'un seul type d'être qui est la pensée. Car c'est alors seulement que tout devient continu, c'est alors seulement « qu'on peut dire que c'est partout et toujours la même chose, aux degrés de perfection près »2.

Hugens a été trop exclusivement positif et Malebranche trop timide. Ils n'ont point compris, comme L'Hospital, que la loi de continuité n'était pas seulement une vue a priori, mais qu'elle s'établissait « merveilleusement » par la fécondité de ses conséquences.

Dire que la nature se gradue à l'infini, c'est affirmer du même coup que, malgré son unité de fond, rien n'y res-

1. Gkrh., Phil.t 111, 339 {L. à Lady Masham, may 1704); — Cf. plus bas,

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