Gerh., Math., Y, 40-41 ; Cf. Cout., Op
définibles ». Car les notions qui constituent le champ de notre pensée sont multiples; elles forment un immense composé, et Ton ne conçoit pas un composé qui ne se ramène de quelque manière à des composantes indivisibles : ce serait une contradiction. La simplicité est toujours le dernier mot de la pluralité1.
En outre, il n'est pas nécessaire, pour expliquer l'infinité du savoir, de supposer que ces concepts simples sont très nombreux. Car «il suffit de quelques éléments pour produire une série de combinaisons aussi grande que l'on voudra » : On n'en peut donner comme exemple les lettres de notre alphabet. Il est même raisonnable de croire à la brièveté du catalogue de ces notions « génératrices », et pour un motif qui touche aux fondements mêmes de la philosophie. « La nature a coutume de recourir aux moyens les plus simples pour produire les plus grands effets » ; la loi dominante de ses démarches, c'est celle de l'économie2.
D'autre part, on ne peut imaginer entre les concepts « primitifs » ou simples aucune combinaison qui présente un conflit logique et qui par là même ne soit réellement possible. Car à quoi peut tenir l'incompatibilité qui se révèle entre certains termes de notre connaissance? D'où vient la contradiction? il n'y en a pas dans « la suite simple de l'être possible » ; elle ne se produit que dans «les accidents » qui le déterminent et dont chacun « procède, pour ainsi dire, à la circonscription effective de son propre territoire » : la contradiction a pour cause la limitation de l'être3. C'est ce que Platon disait déjà dans son Sophiste; et l'on sait avec quelle merveilleuse souplesse d'esprit il a
1. Gerh., Math., V, 36-37, 42 [De arte comb., 1666); — Cout., Op., 167 [De arte inveniendi) ; — Gerh., Math.,l, 85 (L. à Old., 1675); Ibid., 121 (L. à Old., 1676); Ibid., IV, 461 (L. à Tschirnhaus, 1678); Ibid., IV, 482 {L. au même, 1679); Ibid., VII, 101-120 {Recherches sur les nombres premiers); — Cout., Op., 27-28, 33-34; Ibid., loc. cit., 346-347 (Elcmenta rationis, 1686); Ibid., loc. cit., 373 {De analysi notionum et verit., 1686); Ibid., loc. cit., 417 [Préf. à l'Eîicyclop.); Ibid., loc. cit., 429-430, 435,
2. Cout., Op., 430 (De organo sive arte magna cogitandi); Ibid., 277.
3. F. Car., p. 28 [Ré fut. inéd. de Spinoza par Leibniz) ; — Erd., 138a {Réflexions sur l'essai de Locke, 1696).
l'art d'inventer.
développé cette idée fondamentale. Leibniz ne manque pas d'en remarquer la portée métaphysique.
Dès le 28 décembre 1675, il s'exprime en ces termes dans une lettre à Oldenburg : « [ou sait] ce que les scolastiques, Valérien le Grand, Descartes et d'autres ont déduit de la notion de cet Etre dont l'essence est d'exister; ces considérations branlent sur leur base aussi longtemps qu'on n'a pas établi la possibilité de cet Être. Évidemment, cette condition une fois donnée, supposé que l'idée d'Être parfait soit réelle, son existence effective est prouvée du même coup1 ».Mais c'est là précisément le point que personne encore n'a mis hors de cause. Leibniz revient à la même remarque en 1676, dans sa réponse à Honorât Fabre : « Que Dieu, dit-il, soit connu par soi, je vous le concéderais volontiers, à vous et à Descartes, s'il était démontré que le concept d'Être infini n'implique pas contradiction2. » Cet achèvement de la preuve ontologique, Leibniz croit le connaître déjà : il vient, d'après lui, de ce que « toutes les formes simples sont compatibles entre elles ». Quand on demandait à Spinoza s'il n'y aurait pas une contradiction dans l'idée <( d'être absolument infini et souverainement parfait », il répondait avec un superbe dédain : « Cette supposition est absurde3. » Leibniz a la foi plus difficile et moins tranchante : il éprouve le besoin de savoir pourquoi l'idée d'Être parfait est possible ; et il en donne cette raison dans un fragment qu'il a dû soumettre à Spinoza lui-même au cours de sa visite à la Haye : « Toutes les perfections sont compatibles entre elles; elles peuvent donc exister dans le même sujet4. » On sait que Kant ne devait passe contenter de cette solution; elle ne laissa pas de marquer un progrès dans l'analyse de l'idée de Dieu.