Erd., 304a-" iV. Essais
2. Krd., 674a (De la sagesse, 1667); — Cout., Op., 50 (Elementa calculi. avril 1679) ; — Gerii., PhiL, IV, 401,405; — Dut., I, 17 et sqq. [Duie epistolœ ad Lœflerum de Trinitate et defmitionibus mathematicis etc.); Ibid., I, 22 (1695).
l'art d'inventer.
contradiction1. Telles sont aussi les définitions qui découlent d'un possible déjà connu comme tel. Par exemple, « quand on dit que le cercle est une figure décrite par une droite qui se meut dans un plan, en sorte qu'une extrémité demeure en repos, on connoist la cause » et par là même « la réalité du cercle ». On peut raisonner d'une manière analogue au sujet des autres figures géométriques, lelles que « la parabole, l'hyperbole, la conchoïde, la spirale ». Car elles ne supposent, pour être vraies, qu'une seule condition, « à savoir que quelques lignes soient données ».
Ces définitions relèvent de l'entendement ; c'est là qu'elles prennent leur source. Elles échappent donc à la loi du devenir; elles sont à jamais immuables, soit en elles-mêmes, soit dans les corollaires qui s'ensuivent. On ne conçoit pas que les diamètres d'un cercle puissent devenir inégaux; on ne conçoit pas non plus que la somme des angles d'un triangle cesse jamais de valoir deux droits. Ils sont plus forts « que le diamant », comme le disait Platon, les anneaux qui rattachent entre eux les termes des propositions de cet ordre. Hobbes et Locke ont passé à côté de la raison, en soutenant qu'il n'y a que des « consécutions d'images ».
Il existe d'autres définitions que l'on peut appeler nominales. Ce sont celles qui, tout en présentant les caractères qui suffisent à discerner l'objet défini, ne font pas connaître sa structure logique. Telle est la manière dont nous savons <( qu'il fera jour demain » ou que nous sommes tous destinés à mourir; telle est également la définition que l'on donne de l'or, lorsqu'on dit que « c'est le plus pesant de tous les corps connus ici-bas ». « Quand je pense à un corps » de cette espèce, je suis sûrement en présence d'un système fondamental de qualités d'où vient l'apparence que j'y constate. Mais cette constitution intérieure, ma définition ne suffit pas à me la faire découvrir; si je crois à sa justesse, c'est uniquement sur la foi d'une expérience « cent mille
1. Même sentiment dans Spinoza (De Intellectus emend., J, 19-20, éd. Van Vloten) : pour Spinoza également, la simplicité d'un concept est la marque infaillible de sa possibilité et de sa réalité.
fois » répétée et toujours légitimée : j'en ai « une certitude de fait », rien de plus *.
Cette seconde espèce de définitions relève de l'expérience sensible. Par suite, elles n'ont rien de la fixité que présentent les premières; vu que les sens ne nous révèlent que du contingent2. « Le Houx, disons-nous, est un arbrisseau qui a les feuilles danses piquantes et vertes en tout temps et le fruit petit et rouge ; si une autre plante se trouvait un jour avec les mêmes propriétés, il faudrait adjouter encore quelque autre différence. » Les définitions nominales sont toujours plus ou moins « provisionelles ». « Le sucre est blanc, ce que je vois est blanc, donc c'est du sucre » : ainsi raisonnent les enfants; il nous arrive très souvent de commettre le même sophisme. De quelques ressemblances accidentelles que nous avons remarquées dans un certain nombre d'objets, nous concluons à leur identité de nature ; et l'expérience vient ensuite démasquer notre faux savoir 3.
Au sens de Leibniz, cette distinction entre les définitions réelles et nominales projette une lumière décisive sur la marche de notre esprit. Il y voit comme la pierre de touche des idées vraies, cherchée avec tant d'ardeur par Spinoza4; et c'est pour avoir ignoré ce contrôle infaillible, que Descartes n'a pas abouti dans l'exposé de sa preuve ontologique. « Je tiens que pour être asseuré, que ce que je conclus de quelque définition est véritable, il faut sçavoir que cette notion est possible. Car si elle implique contradiction, on en peut conclure en même temps des choses opposées. » Sans doute, « c'est le privilège de l'Estre souverain de n'avoir besoin que de son essence ou de sa possibilité pour exister.
1. C'est l'idée que développe Spinoza dans sa connaissance du second degré, ab experientia vaga, éd. Van Vloten, t. I, p. 7-8,
2. Gerh., Math., IV, 461-462 (L. à Tschirnhaus, 1678) ;— Erd., 79-80 (Médit. t 1684); — F. Car., Lettres et op., a, 55-57 (1686); — Gerh., Math., Il, 51-52 (L. à Hugens, 3-13 oct. 1690); — Erd., 138* [Réflexions su?' l'Essai de l'entendement humain de M. Locke, 1696) ; Ibid., 305-306, 307, 340, 348b, 353% 358% 359a (2V. Essais, 1704). — Cout., 431-432 (De organo sive arle magna cogitandi).
3. Cout., Op., 182-183; Cf. Ibid., 337 (Elementa rationis, 1686); Ibid., 329.
4. De intellectus emend.,l, 12, 15-20; Eth., II, 43, éd. Van Vloten : Le critère de la vérité qui est expliqué dans ces passages est au fond celui dont parle
l'art p'jnvknter.
Mais pour achever la démonstration à la rigueur, il faut prouver cette possibilité ». Et c'est là ce que Descartes n'a pas su faire, précisément parce qu'il lui manquait encore l'idée nette de la « définition réelle w1".
On est à même maintenant de discerner la voie par laquelle on passe des définitions aux concepts primitifs ou simples. Il n'y en a qu'une, à savoir la déduction. Car, qu'il s'agisse d'idées ou de faits, la question est toujours de déterminer comment on va d'un terme donné à un autre qui peut l'être, la question est toujours de tirer « des conséquences2 ». Mais, bien qu'unique en son fond, ce procédé revêt des formes diverses qu'il faut distinguer avec soin.
Lorsqu'on se trouve en présence d'une définition réelle et qui par là même a sa source dans l'entendement, il y a lieu d'employer ce mode de la déduction qui s'appelle l'analyse. On s'empare successivement de chacun des « « réquisits » déjà donnés, afin de « distribuer la difficulté » en toutes ses parties : on le divise, on le divise encore jusqu'à ce qu'on arrive à « quelques natures » qui « n'ont besoin de rien hors d'elles pour être conçues » et qui par là même sont simples3.
Qu'est-ce qui conduit l'intelligence dans ce travail d epellation logique ? Le principe de raison suffisante. Les réquisits d'une définition réelle quelconque ne sont pas seulement conjoints, comme des globules dans un sac ou des molécules d'eau ; la théorie empiriste ne convient qu'au monde « fîuent » des images. Entre les réquisits d'une définition réelle il y a des connexions nécessaires. Et ces connexions sont profondes, elles tiennent à la constitution même de l'être ; elles y supposent des indigences essentielles en vertu desquelles une chose ne peut être complètement conçue que quelque autre ne le soit du même coup. On voit dès lors en quoi consiste au juste l'analyse rationnelle. Sans doute, elle se meut dans
1. F. Car., L. et op., a, 55-57 ; — Erd., 78 (L. à Conring, 1678).