III. — Mayence
Vers la fin de 166G, Leibniz quitte sa ville natale pour ne plus y retourner : « La connaissance de l'étranger l'attire de loin ; et depuis longtemps son esprit brûle d'atteindre à une plus grande gloire et à une plus haute science 2. » C'est à Nurnberg, petite ville à la fois très allemande et très vivante, qu'il va chercher fortune. Là, il fait au bout de quelque temps la rencontre du Baron de Boinebourg, ancien premier conseiller de l'Électeur de Mayence, qu'une intrigue de cour a fait tomber en disgrâce, mais homme de haute valeur et qui connaît à fond l'Europe politique de son temps. Le vieux diplomate ne tarde pas à discerner les qualités exceptionnelles de ce jeune homme et le prend comme secrétaire afin de l'avoir comme collaborateur.
Voilà donc l'étudiant de Leipzig sur une voie toute nouvelle, jeté en pleine diplomatie, au moment où la puissance de Louis XIV s'affermissait de jour en jour; où l'Allemagne au contraire, morcelée en une infinité de seigneuries et de principautés, s'affaiblissait dans une suite interminable de querelles intestines et perdait jusqu'au souci de tout intérêt général .
La tâche de Leibniz est multiple et, par certains côtés, ne fait que continuer sa vie antérieure. Sur le conseil de Boinebourg, il publie sa Défense de la Trinité2, sa Confession de la nature contre les Athées 4, la Préface à Nizolius 5. En même temps, il entasse des notes sur V Eucharistie et la Résurrection^ et poursuit l'œuvre juridique commencée à Leipzig,