Gerh., Math., V
2. Gerh., Phil., Vit, 21 (L. à Galloys, 1677); Ibid., 25, 204 (ici cependant Leib. a déjà moins de confiance au chinois.
3. Cout., Op., 29. — Plus tard, janvier 1680, Leibniz aura l'idée de recourir à des signes d'ordre tout géométrique, « points, droites, angles, intersections, contacts, mouvements » (Cout., Op., 152).
l'art d'inventer.
si Dieu me donne la vie. Je ne le dois qu'à moy, et j'en ay eu la première pensée à l'aage de 18 ans comme j'ai témoigné [alors] [un peu après] dans un discours imprimé1. »
Mais Leibniz sent de plus en plus la complexité de son oeuvre, au fur et à mesure qu'il y travaille. Il s'aperçoit en particulier qu'il est très difficile de ramener à la caractéristique tous les rapports de lieu, de temps, de dépendance, d'action et de passion que renferment nos pensées. L'idée lui vient alors que l'unique moyen d'instituer une langue rationnelle, c'est de faire une grammaire qui le soit. Et comme, dans une tentative de ce genre, il est bon d'avoir un échantillon assez complet pour qu'on se borne à le parfaire, il s'en prend au latin qui était alors la vraie langue des savants.
Voici quelques-uns des amendements qu'il se propose d'y introduire. Il n'y aura, dans la nouvelle langue, qu'une déclinaison et qu'une conjugaison; on n'y tiendra plus compte ni du genre « qui n'entre pas dans le concept d'une grammaire rationnelle », ni du nombre qu'indique déjà l'article. Les flexions du substantif et de l'adjectif seront remplacées par des particules « à la française » ; et les modes verbaux par les conjonctions, qui suffisent à les indiquer. Gomme le nom sert à désigner une idée et que tel est aussi le rôle de l'adjectif, il sera superflu d'en faire deux catégories. Le verbe lui-même, n'exprimant au fond que le rapport de deux termes, à savoir une affirmation ou bien une négation, on lui rendra l'unique fonction qui lui revient. On dira, par exemple : Sum calens, au lieu de caleo; Petras est scribens, et non Petrus scribit. Bref, le nom ens, le verbe est et les particules : voilà le fond sur lequel doit se broder toute la grammaire future2. C'est encore, comme dans les concepts simples, la loi d'économie qui triomphe. Il est vrai que Leibniz demeure assez inquiet sur le sort des
1. Cout., Op., 156-157 (Préface à la Science générale); Ibid., 277 (Lingua •g-eneralis,ïè\r. 1678); Ibid., 279 (Lingua universalis).
2. Cout., Op., 280 (De g rammatica rationali, avril 1678); Ibid., 281-282; Ibid., 352-353 (Analysis linguarum, 11 sept. 1678); Ibid., 35 (Consilium de Encyclop. nova, 25 juin 1679) ; Ibid., 281-290; Ibid., 152 (Lingux Philosophiez spécimen in geometria edendum, januar. 1680).
particules. A cet égard > il n'a pas réussi à se satisfaire lui-même. « La doctrine des particules est importante, dit-il dans les Nouveaux Essais, et je voudrais qu'on entrât dans un plus grand détail là-dessus. Car rien ne serait plus propre à faire connaître les diverses formes de l'entendement ». « On trouve cependant qu'ordinairement c'est plutôt par des exemples et par des synonymes qu'on prétend les expliquer, que par des notions distinctes »
Inachevée, la caractéristique; inachevée, l'encyclopédie; à peine ébauché, le projet d'une langue rationnelle : trois échecs à la fois et sur trois œuvres que Leibniz a toujours regardées comme fondamentales et naturellement inséparables. A quoi faut-il attribuer cette série d'insuccès? Est-ce simplement à ces fameuses « distractions » dont le philosophe de Hanovre s'est plaint si souvent? Le problème vaut la peine d'être examiné, ne serait-ce que pour pénétrer un peu plus avant dans le mystère de ce grand esprit, le plus inventif, sinon le plus puissant des génies qui font l'honneur de notre race.
La caractéristique est-elle possible? Voilà la question qui se pose d'elle-même après l'exposé que nous venons d'en faire. Or à cette question d'ordre originel, il est bien difficile de faire une réponse pleinement affirmative; et Leibniz lui-même n'a pas tardé à s'en rendre compte.
Admettons, pour être bon prince, qu'il y ait des « concepts simples », objectivement irréductibles à d'autres; et que, comme le veut Leibniz lui-même, ces concepts ne soient « pas très nombreux ».
Admettons également que ces « notions génératrices » trouvent en Dieu lui-même leur dernier sujet d'inhérence, qu'on puisse les regarder comme autant « d'attributs absolus » de la Cause première, suivant la pensée dominante du xviic siècle.