Cout., 539; Ibid
Leibniz fait un pas déplus vers l'incertitude. A son sens, « les premiers termes indéfînibles ne se peuvent aisément reconnoistre de nous, que comme les nombres premiers : qu'on ne sçaurait discerner jusqu'icy qu'en essayant la division [par tous les autres qui sont moindres]. De même les termes irresolubles ne se sçauraient bien reconnoistre que négativement, et comme par provision... vous direz, que cela pourrait aller à l'infini, et qu'il se pourrait tousjours prouver de nouvelles propositions, qui nous obligeraient à chercher des nouvelles resolutions. Je ne le crotj pas. Mais si cela estait, cela ne nous nuirait, car par ce moyen nous ne laisserions pas d'avoir demonstré parfaitement tous nos théorèmes1. » En 168i, Leibniz va plus avant sur la voie des concessions : c'est alors le doute qui triomphe. « L'homme peut-il faire l'analyse parfaite des notions...? Je n'oserais maintenant l'affirmer2? » Enfin, deux ou trois ans plus tard, on trouve sous sa plume l'assertion justement contraire à celle du début : « Il n'est pas suffisamment en notre pouvoir de pousser l'analyse jusqu'aux notions primitives... Plus facile est l'analyse des vérités ; car il y en a un grand nombre que nous pouvons démontrer d'une manière absolue en les réduisant à l'évidence. Là est donc la tâche principale à laquelle il faut nous adonner3. »
Que reste-t-il donc de la caractéristique? elle devient une limite dont il faut s'approcher sans cesse, mais que l'on n'atteindra jamais. Et, par suite, que reste-t-il de la science elle-même ? une série de vérités qui peut s'accroître à l'indéfini, mais dont les principes originels échapperont toujours aux prises de notre pensée. Si l'on établit, par exemple, qu'entre A et B il existe une connexion nécessaire, il faudra bien que, partout où le premier de ces deux termes se pose, le second se pose également et du même
1. Cout., 187 (Dans ce dernier fragment, comme dans le précédent, il s'agit de l'objection de Pascal tirée de la « résolution à l'infini »).