Klopp, éd. cit., t. II, p
4. Id., ibid. « Gultissimas (si verani fidem excipias)... Sinarum terras. »
Baruzi. 3
l'expansion vers l'orient
L EGYPTE
« Seule », déclare-t-il, « si, du moins, par la soumission de l'Egypte, elle se facilite l'accès de ces terres et assure à son empire une assise inébranlable, la France est capable de travailler à de si grandes choses ^ . »
Ne serait-ce point l'Empire d'Orient lui-même qui ressusciterait, mais en ne s'astreignant plus à ses anciennes limites ? A une plus vaste connaissance de la terre doit correspondre, en effet, une plus vaste forme de domination. Quand Leibniz demande donc que pour le roi de France, qui serait devenu le vrai protecteur de TÉglise et se serait conquis l'amour universel, le Pape reconnaissant - relève le titre d'Empereur d'Orient \ il ne prétend point ranimer des conceptions abolies; mais plutôt, il veut assurer à des idées et à des ambitions audacieuses et nouvelles la lointaine protection et le prestige d'une longue gloire.
Le plan de pénétration de la Chine reste encore , cependant, tout schématique. Mais comment la précision seraitelle possible, alors que la conquête de TÉgypte elle-même demeure un rêve ? Les Jésuites et Pierre le Grand apparaîtront bientôt à Leibniz comme les forces capables de vivifier à jamais son espoir de mission vers l'Extrême-Orient *.
Si, par miracle, Louis XIY suit le conseil de Leibniz, — la
1 Klopp éd cit., t. II, p. 232 : — « Sola Francia est, modo domita .'Egypto facilem in illas terras aditum, etfixani illic imperii sedem liabeat, quaî capax sit moliendis tantis rébus. »
2. Id., t. II. p. 181 : — « Ilinc amor universalis, Papa ipse obligatissi-
mus. »
3 Id t II p. 233 : — « Imperatoris Orientalis titulo ac prœrogativa Rex Francia^ summo jure, nec diibio Pontificis assensu utetur. » Cf. pp. 223. 231 : « Ihec maris mediterranei domina imperium Orientale resuscitabit. » et p. 409.
4. Cf. les deux chapitres suivants sur Les Jésuites et Pierre le Grand.
F'rance aura accompli, en un temps et à elle seule, lœuvre que l'humanité poursuit constamment et tout entière. Dès lors, elle sera devenue une sorte de modèle, et, par suite, aura tiré de la nature le droit d'offrir une direction générale ou un arbitrage des choses. — Rien n'est plus contraire au rêve funeste de la monarchie universelle.
Leibniz a lentement créé en lui cette doctrine de Yarbitrage suprême. Déjà, en effet, en sa « Securitas publica », il proposait à Louis XIV un tel arbitrage et prétendait pouvoir, par des vues historiques, en prouver l'excellence.
Par les « Socii », affirmait-il, a grandi la puissance de Rome. Et la force romaine a décliné lorsque le lien « provincial » a succédé au lien « social ». En effet, pour maintenir les Provinces, il fallut accroître les armées; or, par les armées la dictature put détruire la République, et par elles l'Empire fut affaibli. Finalement les Provinces, imparfaitement conquises, introduisirent les Barbares \
Leibniz estimait sans doute que les révoltes civilisées remplaceraient maintenant les invasions barbares. Et il était ici d'autant moins suspect d'abstraction idéaliste qu'il se fondait, non seulement sur l'exemple négatif de Rome, mais sur celui, positif, de Henri IV. 11 connaissait le (c Grand Dessein »-, et pensait que Henri IV avait voulu étabhr une alliance générale qui terrifiât les infidèles et pacifiât la Chrétienté. Ses successeurs eussent ensuite organisé de mieux en mieux l'arbitrage suprême.
1. La doctrine de l'arbitrage suprême n'est exprimée nettement cpie dans la seconde partie de la Securitas publica. Elle est formulée en divers endroits. Cf. surtout pp. 130 sq. et 1G8-199 du tome VI. Lexemple de Rome est analysé pp. 169-71.
2. Cf. sur le « Grand Dessein » : Pfister : Les Economies royales de Sully et le Grand Dessein de Henri JV ap. Revue historique, 1894.
1,'expansion VEits l'orient
Celte œuvre, rendue impossible par la mort, est ceUe-là même que Leibniz veut ressaisir. Pendant plusieurs années, dès lors il l'a mûrie ; et la continuité est parfaite de la « Securilas publica » au projet sur l'Egypte.
L'arbitrage dïni pays ne peut être issu que de son excellence. Or la France possède la vraie méthode du commerce terrestre. Les autres nations ont besoin d^elle. Que lui manque-t-il ? Simplement, dit Leibniz, la « puissance navale » et la maîtrise des « échanges maritimes ^ ». Si la France devient maîtresse sur mer, elle sera « souveraine absolue \ )> La guerre d'Égvpte produira cet effet. La France aura créé les voies commerdales. En elle, par suite, les autres pays trouveront la richesse universelle. Le prestige de son armée sera nécessairement grandi par sa victoire; et elle deviendra, assure Leibniz, « le gymnase militaire de l'Europe ^ » Cette supériorité serat.elle''donc uniquement matérielle? Leibniz ne précise pas : Mais que l'on réfléchisse que plus tard il ne séparera jamais « r industrie » de la « pensée ». Voilà donc la France réellement arbitre des questions politiques, sans être nominalement dominatrice. L^intique rêve de monarchie universelle se doit, en effet, transformer.
Ainsi, la France atteindrait à la puissance suprême, sans que des guerres effectives fussent nécessaires : excitations des haines du Portugal contre TEspagne, de F Aragon contre la Gastille; influences souveraines en Itahe; divisions suscitées en Allemagne, en Angleterre, et dans le Nord ; la France peut tout cela. De même, elle voudrait redresser les abus de FÉ-
\ Klnnn éd cit t H, P- ^7 : « Potentiam aulem navalem... et commercionlmmaritimoVumvindicationemadsummamrerum solam déesse. »