‹ Leibniz et l'organisation religieuse de la terre [microform]Chapitre 170 sur 306 · F. de Gareil, 1. 1-, p. 174. Lettre à M- de Brinon. s. d · texte numérisé non relu

F. de Gareil, 1. 1-, p. 174. Lettre à M- de Brinon. s. d

2 Id t. 1°', p. 179. Môme lettre.

3 Id t l-, p. 187, note 3. LeUre de Pellisson à M- de Brinon. 4. Id.', t. 1", p. 143. Note. Lettre de Pellisson à M- de B.

Iraint par une excommunicalion \ Mais comment un homme c( né et élevé hors de la communion de Rome » oserait-il entrer en une Eglise où il ne serait peut-être pas reçu s'il découvrait son cœur ? Il y a en effet des choses qui sont si fortement vTaies pour nos esprits qu'aucune autorité humaine ne les pourrait détruire. Un astronome, conscient de la rotondité de la teri'e, ne pourra jamais renoncer à la vérité, à cause de la seule autorité de rEglise. Si donc cet homme est excommunié, rejeté,] oserai dire qu'il est u malgré tout dansTÉglise ». «J'espère la même chose de moi », dit Leibniz, « s'il a|)paraît chiircment que je ne veux pas demeurer en repos, avant que jen'aie joui aussi de la communion extéi'ieure de l'Église-. » Un tel Protestant, qui veut être catholique, mais ne peut modeler son être, subit ainsi une sorte d'excommunication idéale. « Celui qui est catholique in foro interno », dit Leibniz, «est comme un homme excommunié injustement... xMais il faut qu'il désire la communion extérieure de tout son pouvoir et qu'il ne tienne pas à lui d'en jouir. Ce qui iiarknde cominun avecceu.T qidsoat vérilahlement schis/nallqucs, et qui n'ont pas cette disposition si nécessaire à l'union et si conforme à la charité^ ». Il est donc « en notre [)Ouvoir de n'être pas schismatique», car il suffit d'aimer « la paix et la vérité* ».

1. Jncdi/s. Tliéolofjie, vol. Ilf, f" \. :2« colonne : « Si nalus essem in Ecclesia catliol'ica, profecto ah ea non recetlerem, elsi omnia crederem qua> nunc credo » (Non souligné par Leibniz.)

2 Inédits, rhéolor,ie, vol. III, 7 d, fol. 4 : Senlenlia de anclorilale ac polestaleEcclesisp catholidp : « Sunt enini aliqua qmv lani elare nienlibus nostris observantur, ut vi.x ulla huniana auclorilale deleii possinl. VA si Haneti Paires olim rotundilaleni leme... damnassent... Si... Christianus vel Calholicus hanc unarn ob causam vel non rece()tns. vel rejectus fuisset, ausini dicere tamen eum in Kcclesia fuisse... Idem ego de me sperare audeo, si appareat me non stare, quin externa quoque Ecclesiée communione fruar ».

3. Inédits, Théologie, vol. XIX, f" 530. Souligné par Leibniz.

4. Lettre inédite à M""» de lîrinon, 13 juillet lGi)2 : « Je puis vous assu-

LA RECHERCHE DE LA VRAIE EGLISE

L'évoque de Neustadt s'accommodait, semble-t-il, de cette doctrine. Leibniz la formulait, d'ailleurs incomplètement, dans quelques lettres à Pellisson et à M'"'' de Brinon. Bossuet, qui, durant les premiers mois de la négociation, se contentait sans doute de lire les lettres de Leibniz, afïirme dans la première lettre à M'"" de Brinon que le [)rojet de Spinola est utile, que l'Eglise accordera certains points de discipline, mais « ne se relâchera jamais d'aucun point de la doctrine définie^ ».

Or, Leibniz ne blâme nullement cette lettre de Bossuet ". 11 écrit à M'"' de Brinon qu'en effet le projet de Spinola est insuffisant, mais utile; qu'aucune concession doctrinale ne sera possible du coté de l'Eglise romaine; que la doctrine^ de Trente est reçue en France et ailleurs, et qu'enfin « on peut satisfaire aux Protestants, à l'égard de certains points de discipline^ ».

Ainsi s'inaugura ce dialogue, que par déclamation littéraire on s'est plu à représenter hostile dès l'oi'igine. En réalité, lors de cette année IGOl, les points de vue semblent près de

rer cju'il y a peu de gens qui aient plus d'éloignement que moi ùu schisme et de Terreur, ni qui aiment davantage la paix et la vérité. Et. comme il est en mon pouvoir de n'être point schismatique, je crois d'avoir dcjù salisfait à ce devoir en faisant tout ce qui dépend de moi pour contribuer à la paix de TÉglise. Et s'il m'était aussi aisé de m'approcher de la vérité (pi'il m'est aisé de m'éloigner de tout esprit de secte et d'hérésie, je seiais exempt de toute erreur. » {Inédits, Théologie, vol. XIX, f" 58G). F. de Careil et Klopp il, 365, et VII, 200) donnent seulement la fin de cette lettre.

1. F. de Careil, éd. cit., t. Io% p. 246. Bossuet à M"»» de Brinon.

2. On avait communiqué cette lettre à Leibniz. Cf. Id. t. I", p. 230.

3. Je dis doctrine, car, sur le Concile. Leibniz fera d'extrêmes réserves. Cf. pp. 3j9 sqq. Il critiquera d'ailleurs également plusieurs points de la doctrine. Cf. pp. 369 sqq.

4. F. de Careil, éd. cit., t. I", p. 250. Lettre à M"« de Brinon (1691).

Baul'zi. 19

L ÉGLISE UNIVERSELLE

se fondre. Sans doute, Bossuet avoue assez légèrement avoir égaré le projet ancien de Spinola. Mais il est lui-même tellement surpris des habiles affirmations de Leibniz, qu'il le somme, avec son habituelle franchise, d'aller plus loin, et de se déclarer catholique : « Si vous êtes véritablement d'accord des cinq propositions mentionnées dans votre lettre, vous ne pouvez pas demeurer longtemps dans Tétat où vous êtes sur la relio'ion ^ » Car, dans les lettres de Leibniz, les subtiles distinctions entre les diverses hérésies irritent Bossuet et lui paraissent pleinement dangereuses. Définir Thérétique par Topiniâtreté, n'est-ce pas, en vérité, supprimer l'hérétique ? Il ne suffit pas d'être iuunble et doux pour échapper à Fhérésie, mais afin « qu'on puisse connaître cet opiniâtre qui est l'hérétique, et l'éviter selon le précepte de TApôtre, voici sa propriété incommunicable et son manifeste caractère : c'est (ju'il s'érige lui-même dans son propre jugement un tribunal au-dessus duquel il ne met rien sur la terre, ou, pour parler en termes simples, c'est qu'il est attaché à son propre sens, jusqu'à rendre inutiles tous les jugements de l'Eglise-». Or, Il est certain que tous ceux qui restent en dehors de l'Eglise F'omaine sont atteints de cette opiniâtreté et de cette hérésie, et ne peuvent être sauvés. Les réponses du Catéchisme de M eaux sont formelles : Peut-on être sauvé en dehors de l'Église romaine? — « Non. — Ainsi les Juifs, les Païens, les iîérétiques n'auront pas la vie éternelle s'ils meurent hors

de l'Eglise — Il n'y a donc point de salut hors de l'Eglise ?

— Non, il n'y a point de salut hors de l'Eglise '. »

1. F. de Gareil, éd. cit., t. I", p. 296. Lettre de Bossuet à Leibniz, 10 janvier 1692.

2. Bossuet, Réflexions sur l'écrit de M. Vabbé Molanus, chapitre vui.

3. Calécliiame de Meaux, Éd. Guillaume, éd. cit., t. VIII, pp. 513 et 514.

LA RECHERCHE DE LA VRAIE EGLISE

Les Protestants avaient soutenu fréquemment une semblable thèse. Luther s'indignait jadis que Zwingle pût songer à sauver des païens : « Qu'est-ce autre chose, », disait-il, « que d'enseigner que chacun peut se sauver dans sa religion et dans sa croyance* »? Jurieu encore, au xvif siècle, affirmait que parmi les Catholiques, les enfants qui n'ont pu prendre part à l'idolâtrie romaine étaient seuls sauvés". Bossuet, d'autre part, supprimait toutes les distinctions fécondes que Leibniz avait soigneusement déduites. On est ou on n'est pas Gatholique. Vous croyez être de notre Eglise. Vous n'en êtes pas.

Eh bien donc il faut être de cette Église ou renoncer au salut ! Soit. Leibniz part de cette donnée catholique et la trans-

forme. Oui, il faut être dans l'Eglise. Mais que Bossuet ne vienne pas dire trop haut que la douceur et l'humilité ne suffisent pas et que de tels hérétiques doivent être fuis, selon le précepte de l' Apôtre \ Car ces principes sont en vérité les principes authentiques de l'Eglise romaine. Les Jésuites les ont soutenus. Un évêque tel que Spinola les approuve : « Delà manière que j'entends les choses, on peut faire voir clair comme le jour aux personnes intelligentes que ce que je dis est conforme aux propres et véritables principes de l'Eglise romaine : Je ne le dis pas à la volée. Car il y a plus de vingt ans que j'ai conféré là-dessus avec quelques-uns des plus grands hommes de cette Eglise \ »

Ces vrais principes, s'ils ne furent pas ceux de Bossuet, ne sont-ils pas aujourd'hui, du moins, formulés par certains théo-

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