‹ Leibniz et l'organisation religieuse de la terre [microform]Chapitre 172 sur 306 · Id., t. [•', p · texte numérisé non relu

Id., t. [•', p

LA RECHERCHE DE LA VRAIE EGLISE

est double : union intérieure par le Saint-Esprit ; union extérieure par l'obéissance au Pape. Cette double union n'est pas arbitraire, mais divine : « Vous êtes le Christ, fils du Dieu vivant»; telle est la parole de Pierre, gage d'une éternelle union, issue d'une éternelle croyance. Dès lors, le pouvoir est à Pierre, qui seul a droit de le transmettre. Pierre est le chef de l'Église, quand même il ne serait pas l'inteUigence la plus haute du monde chrétien : si bien que Paul doit s'inchner devant Pierre, quand même il le reprendrait pour ses fautes, <( Pierre qui se corrige, plus grand, s'il se peut, que Paul qui le reprend^ ».

L'Église, par-dessus le Concile, et par-dessus le Pape, est infaillible. Elle est infaillible par tout son corps; elle est infaillible dans la succession de ses pasteurs ; par suite, tous ceux qui ne sont pas ordonnés dans cette succession n'ont pas de part à la promesse. De même encore, ceux qui, ordonnés dans cette succession, renoncent à la foi de leurs consécrateurs perdent ainsi leur privilège ; et si la vérité de leur caractèie est indissoluble, du moins leur autorité est détruite. Mais en revanche, tous les pasteurs fidèles à cette |)erpétuité, dispersés par la prédication dans toute la teri'e, sont unis au corps par le Saint-Esprit, et une fois assemblés sont dotés spécialement de cette force transcendante '-.

Il n'v a donc pas à résoudre d'une manière spéciale la

question i\(is Conciles. L'infaillibilité de l'Eglise est le fondement; les Conciles ne sont que l'application. Mais alors, répond ra-t-on, la même Église crée le Concile et le ratifie.

1. (H'iuvres oratoires de Hossin't, ri/ilion crititjuf toniplctr pitlitire par rabb'.'.l. L('han|. Lille et l»;.ns. 1890 1)5,0 v»)l. in -8". Cf. t. VI. p. 101. >Vr//<(;n sur l'unité de l'Kf/lise.

i. F. de Cari'il, éd. cil.. I. I", pp. 188-100.

l'église universelle

riciens d'un catholicisme qui triomphera peut-être ? Ceux-là

distinguent avec Leibniz le corps de TEglise et Tâme de rÉghse; ils parlent d'une Église invisible ou Société des Justes; ils signalent des excommunications injustes, issues d'une erreur de fait ; ils montrent que tout fidèle qui obéit à la loi de justice et de rectitude est vraiment « baptisé » ; ils disent avec Thomas d'Aquin : « Si un fidèle, un sauvage môme, nourri dans les forets, suivait les inspirations de la raison naturelle dans l'appétit du bien et la fuite du mal, il faut tenir pour très certain que Dieu lui révélerait par une inspiration intérieure ce qu'il est nécessaire de croire'. »

Leibniz possède maintenant les vérités grâces auxquelles il est assuré de bien construire. Mais tout cela : union intérieure, bonne volonté, obéissance mystique, ne suffit pas à Bossuet. Oui ou non, FÉglise est-elle infLiillible ? Et comment est-elle infaillible? Son infaiUibilité ne réside-t-elle pas encore plus dans le corps de l'ÉgHse que dans les Conciles-?

Que signifie l'infaillibilité de membres séparés et indépendants ? Le corps de FÉglise, répondait Leibniz, est « un sujet vague^». Et vraiment, puisque des luttes persistent toujours dans l'Église pour savoir si l'infaillibilité appartient au Pape ou au Concile général, il est bien imprudent et inutile d'étendre cette infaillibilité encore au delà.

Mais, si vous vous prêtez à l'interprétation divine des choses, tous les membres de l'Éghse en apparence séparés sont unis essentiellement. Vous devez croire que l'Eglise est un corps, vivifié par une solidarité absolue. L'union de ses membres

1. Thomas d'Aquin, cité par l'abbé G. Frémont : Jésus-Chrisl attendu et prophétisé, douzième conférence, p. 22, note. Paris, 1887.

Page 1