F. de Careil, éd. cit., t. II, p. 293. Même lettre
2. Id., t. II, p. 324. Lettre de Leibniz à Bossuet, 14 mai 1700.
L OBSTACLE
canoniques, et les livres essentiellement inspirés, ou protocanoniques. Gette thèse n'était pas inouïe, puisque les rapports sur le Goncile de Trente, à la vérité mal connus des écrivains du xvif siècle, témoignent que plusieurs Pères avaient réclamé une distinction entre les Livres*; d'autres demandèrent qu'on exposât au moins en abrégé les motifs de Topinion protestante. On refusa. Le troisième jour, on décida que les Livres seraient reçus par simple énumération -.
Il faut discuter avec précision. Bossuet affirme que les livres contestés ont été pris dans le canon du iv'' siècle. Or ce terme de « canonique » est ici négatif, selon Leibniz. Saint Augustin, les papes Gélase et Innocent P'", opposaient « canonique )> à « apocryphe », pris dans le mauvais sens de livre non lu dans les Synagogues et les Églises. Mais ils n'ont jamais prétendu que tous les livres fussent égaux. Et les Pères de Trente n'ont pris une telle décision que par haine des Protestants. Quand Bossuet se réjouit que les ÉgUses selon lui les plus savantes, telles que l'Église d'Afrique ou l'Eglise romaine, aient vénéré ces livres aux premiers temps du Ghristianisme \ il se trompe; car les Pères latins et surtout les Pères d'Afrique n'étaient pas supérieurs aux Pères grecs. Leibniz lui rappelle que, à l'exception de Jérôme et d'Augustin, les Pères latins n'ont été guère « que des copistes des auteurs grecs », et qu'il faut cliercher dans FÉglise grecque les grands docteurs '. A Rome, l'histoire ecclésiastique était négligée ; et sans Eusèbe et quelques autres Grecs
1. Cf. A. Loisv, Histoire du Canon de V Ancien TesLamenl, Paris, J890. p. 196.
2. Pallavicini, /6-/oWa..., trad. fr. citée, livre VL eh. xi, t. II, pp. 71-74; Loisy, ouv. cité, p. 197.
3. F. de Careil, éd. cit.,, t. II, p. 287. Lettre du 9 janvier 1700.
4. Id., t. II, pp. 328-329. Lettre de Leibniz à Bossuet, 14 mai 1700.
l'église universelle
nous n'en saunons presque rien. « Ainsi, avant l'irruption des Barbares, la barbarie était à demi formée dans FOcci-
dent\ »
Vue historique profonde, riche d'une vérité non seulement religieuse mais totale, et que les historiens n'ont pas toujours nettement dégagée. 11 ressort des documents publiés de notre temps que l'hellénisme fut moteur de la vie romaine durant les premiers siècles du Christianisme. On parle encore d'(( inHuencc romaine », comme si le « romanisme » eût existé à cette époque. A Athènes, à Pergame, à Alexandrie, à Rhodes, se formaient les artistes de tout l'Occident-. De plus, le Christianisme vint en Gaule par les Grecs. Centres grecs, influences grecques ; c'est par la Grèce et non par Rome que la pensée de l'avenir germait.
Leibniz voit dans cette barbarie d'une société décomposée la source des cultes extérieurs et vaniteux, alors que la Grèce hésitait encore, et que la Gaule, la Germanie et la Grande- Bretagne n'étaient pas atteintes. Encore mainh^nant, il ne faudrait pas chercher en Italie les Églises les plus savantes ou les plus pures \ Bossuct ne se soucie pas du témoignage de saint Jérôme, qu'il affirme u particulier »; mais Leibniz réplique que quand môme la doctrine eût été « personnelle » à Jérôme, ce qui li'est pas, il faudrait conclure en tout cas que la doctrine contraire n était pas de foi, et donc ne le peut être davantage aujourd'hui, puisque Ton reconnaît la perpétuité comme le principe essentiels Sans doute on peut parler encore d'évolutions humaines, mais non de la trans-
1. F. do Careil, éd. cit., t. II, p. 330. Lettre du 14 mai 1700.
2. V sur ces questions : Lavisse, Histoire de France, ouv. cit., 1. 1, 1900. j). 40S. Cliapitre de M. G. Bloch. Késumé précis.
3. F. de Careil, éd. cit., t. II, p. 330. Lettre du 14 mai 1700.