Id., t. 11, p. 441. Réponse de Leibniz, 5 février
3. Cf. sur Richard Simon, l'étude remarquable de M. lleniy Margival : Y.ssaï sur lilchard Simon et la Critique biblique au XM!" siècle, ap. Revue d'Histoire et de Littérature religieuses, années 1806, 1897, 1808, et publiée à part. Paris, 1000, in-S».
Une lettre i«e<///e à Spanheim prouve que Leibniz avait pleinement saisi l'importance de Richard Simon, et su distinguer, — chose rare à son épo(jue, — la « controverse» et la « criti(pie ». « M. Simon ». écrit-il. « vient de donner au public (à ce qu'on m'a mandé de Paris), un nouveaii livre, intitule : Nouvelles observations sur le texte elles V'ersioiisduN. Testament. On dit que M. de Meaux veut écrire contre M. Simon. Je ne sais si ce prélat est aussi propre à écrire des matières de critique que de traiter des controverses, dont l'étude, à mon avis, ne demande (pie du jugement et de l'adresse; au lieu que les matières de critique veulent encore, de plus, une grande lecture et beaucouj) de connaissances. J'ai toujours cru et même expérimenté qu'il n'y a rien de si aisé que d'écrire passablement des controverses... J'entends la controverse nue et destituée des lumières de la criMque. Mais, de bien éclaircir les difficultés du texte, c'est autre chose... M de Meaux semble prendre à tâche de se gendarmer contre tous ceux i\u\ déplaisent à Rome, et qui mettent en avant quelque nouveauté, comme contre les Quiélistes, contre M. du Pin, et maintenant contre M. ^imon... » {LeiivG i?iédite ix Ezéchiel Spanheim, 4 septembre 160o).
L KGLISK UNIVERSELLE
Bossuel qui, pour vouloir maintenir VEpîti^e aux Hébreux ou rj/)oc«/y/3S6', déclarait inviolable la ^«^é'.ç.sT et réciproquement, établissant delà sorte une artificielle solidarité des deux Testaments. « Ainsi, plutôt que de conserver les livres àelix Sagesse et les autres, vous aimez mieux consentira noyer sans ressource YÉpître aux Hébreux et ï Apocalypse^ et, par la môme raison, les Epîtres de saint Jacques, de saint Jean et de saint Jude. Le Livre d'Esther sera entraîné par la môme conséquence... Il faudra laisser dire inpunément à tous les esprits libertins ce qui leur viendra dans la pensée...; et l'on en sera quitte pour dire, comme vous faites en ce lieu, « que le moins d'anathèmes qu'on peut, c'est le meilleure » Pour sauver telle partie de l'édifice, il faudra n'en jamais attaquer une autre ; toujours les choses seront vues du dehors ei leur importance dérivera moins de leur essence môme que de leurs rapports avec le reste. Erreur lourde de conséquences et d'où sortiront toutes les attaques ultérieures contre l'Eglise : « Il n'y a point de conviction ici », répondait d(\jà Leibniz, « qui me force d'admettre quelque chose contre mon gré...; et il ne dépend pas de moi ni d'autres de donner plus d'autorité aux apocryphes du Vieux Testament^ pour exempter de doute les canoniques du Nouveau qui ont été contestés : La vérité n'est pas une chose qui dépende de notre volonté ou de notre politique". »
En une telle phrase résonne déjà l'esprit critique moderne, fait d'abnégation devant la vérité et héroïquement destructeur de nos propres désirs en face d'elle. Rien ne justifiera, par suite, pour Leibniz, l'anathème de Trente qui rendra le schisme
1. F. de Careil, éd. cit., t. Il, p. 410. Dernière lettre de Bossuet.
2. Id., t. H, p, 4i2. Dernière lettre de Leibniz. Le passage souligné n'est pas souligné par Leibniz.
L OBSTACLE
éternel. Cette violation de la tradition est évidente. Violation que nia liossuet jusqu'au dernier jour : (c Voilà, Monsieur, » avait-il dit en terminant sa lettre suprême, « les preuves constantes de la tradition de ce Concile. J'aime mieux attendre de votre équité que vous les jugiez sans réplique, que de vous le* dire, et je me tiens très assuré que monsieur l'Abbé de Lokkum ne croira jamais que ce soit là une matière de rupture,, ni une raison de vous élever avec tant de force contre le Concile de Trente ^ »
Ainsi se termina par l'affirmation d'une victoire — affirmation d'autant plus incertaine qu'elle était plus définitivement «jugée sans réplique », — la longue série des lettres de Bossuet. Les réfiexions de Leibniz sur cette dernière lettre témoignent de la conviction scientifiquement acquise que l'Eglise romaine a innové, anathématisé l'ancienne Eglise, et rendu le schisme éternel. Aucune espérance de s'atteindre l'un Tautre ne persistait plus en Leibniz et Bossuet. « ... Je n'ai point tardé d'achever la réplique que j'avais ...commencée», écrivait Leibniz, « et je prends la liberté maintenant de vous l'envoyer. Monseigneur, espérant que vous trouverez vous-même que je ne pouvais pas m'en dispenser sans trahir ce que je crois être la vérité -. » Ces mots sont du 5 février 1702. Aucune lettre ne sera plus écrite désormais ^
Ainsi ces deux hommes, après avoir voulu étreindre les pro-
1- F. de Careil, éd. cit.^ t. 11, p. 430. Deniières< lignes de la dernière lettre de Bossuet ù Leibniz, 17 août 1701.
2, F. de Careil, éd. cit., t. IL pp'. 432-433. Dernière lettre de Leibniz à Bossuet 5 février 1702.