‹ Leibniz et l'organisation religieuse de la terre [microform]Chapitre 242 sur 306 · Id., Ibid · texte numérisé non relu

Id., Ibid

L ÉGLISE UNIVERSELLE

tiré du néant ; « tout ce qui était avait de soi-même le fond de son être aussi bien que Dieu. » De là sortit Tidolâtrie^

Doctrine profonde assurément, mais qui ne dément pas que le culte des Saints soit, dans sa réalisation, Fadoration païenne transposée. Bien des pratiques se justifieraient philosophiquement, dont le peuple pourtant ne peuts^accommoder sans dommage. Leibniz ne jugeait pas théoriquement l'Église romaine. Il avait vu ; de là, son intelligence de Tessence ca'tholique ; de là aussi ses invincibles répugnances. Il avait été trop immédiatement témoin des abus pour se rallier sans angoisse. Il désire sans cesse l'union ; mais il sait que ni lui ni aucun Protestant véritable ne pourra consentir à s'introduire en une Église non redressée. A M""« de Brinon il décrit l'obstacle primordial, celui qui atteint l'âme profonde : « J'appelle autoriser ce qu'on introduit publiquement dans les églises et dans les confréries. Ce n'est pas assez qu'on n'exige pas de nous de pratiquer ces choses ; c'est assez qu'on exige de nous d'entrer en communion avec ceux qui en usent ainsi, et d'exposer nos peuples et notre postérité à un mal aussi contagieux que le sont les abus dont ils ont été à peine affranchis après tant de travaux. L'union est exigée par la charité ; mais ici elle est défendue par la suprême loi, qui est c(çlle de l'amour de Dieu, dont la gloire est intéressée dans ces consciences ^))

Aucune déclamation n'inspire ces lignes décisives : « Nos peuples et notre postérité. » — Leibniz parle au nom de tout

^ Bossuet, Du culte qui est dû à Dieu. Ed. Guillaume, éd. cit., t. III

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L OBSTACLE

ce Nord de l'Europe, qui, il le répète sans cesse, se détacha héroïquement du Midi. Anéantira-t-on bénévolement la Réforme parce que le schisme est déplorable ? Sauverait-on l'Eglise de cette manière ? Assurément non. Négligera-t-on alors, par charité humaine, la charité divine qui est l'amour de Dieu? Les Protestants furent des redresseurs. Encore maintenant, ils empêchent les Catholiques d'oser librement. « Que serait-ce s'il n'y avait plus de Protestants \^ . . . » Ne voit-on pas une différence presque infinie entre les peuples qui sont micatholiques, mi-protestants et ceux que n'effleura jamais la Réforme-? Les Italiens venus en Allemagne s'étonnent de voir des hommes disputer de religion. « ... La dévotion du peuple de votre Eglise est presque toute sensuelle ; l'esprit et la vérité y sont comme comprimés. J'ai remarqué souvent, quand on parle chez vous du bon Dieu, que le vulgaire entend et adore un petit morceau blanc et rond qu'un prêtre porte ; on y attache la plus grande dévotion. Jugez, Madame, jugez, je vous en conjure, si ces idées contiennent la souveraine substance, qui est seule adorable et qui veut toute notre àme^.. » Les Catholiques nous objectent nos simplifications, qu'ils déclarent excessives. M""" de Brionon conjurait Leibniz de revenir à l'Eglise : « Nous sommes demeurés attachés au gros de l'arbre », disait-elle \ Parole bien imprudente. Car qu'est-ce que « ce gros de l'arbre », sinon Jésus-Christ? « ... Jugez si ceux dont les dévotions sont solides et vont à Dieu môme n'y sont pas plus attachés que ceux qui se jettent dans des pratiques superstitieuses et don-

4. F. de Gareil, t. II, p. 88. Lettre de Leibniz à M>»« de Brinon, 18 28 février 1695.

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