‹ Leibniz et l'organisation religieuse de la terre [microform]Chapitre 244 sur 306 · Ronimel, éd. cit., t. Il, p · texte numérisé non relu

Ronimel, éd. cit., t. Il, p

3. Lettre inédite à M"» de Brinon, 7/17 avril 1692, in Théolof/îe, vol. XI.X:, fo« 552-5o3 : Cf. quelques passages de cette belle lettre : « ... On ne demande pas la reforme de tous les abus, mais de quelques-uns des plus reconnus...; il ne s'agit pas d'un particulier, mais des nations entières... Il n'est pas honteux à l'I^glise romaine dexécuter ses propres ordres à la sollicitation ou occasion des Protestants : au contraire, cela lui servira pour mieux exciter la tiédeur de quelques-uns de ses enfants... Il faut des grandes causes pour déterminer les hommes à prendre des grandes résolutions... Chacun croit de bonne foi d'être dans le bon chemin, et les Protestants appréhendent de trahir les intérêts de Dieu, aussi bien que les autres... Je. crois

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Ainsi s'éclairciraient les apparentes hésitations de Leibniz etses prétendues incincérités. Toujoursen effet il hésita, parce que toujours il fut obsédé par ces abus, qui lui interdi.saient impérieusement toute union. M'"^ de Brinon croyait avoir trouvé l'argument décisif, quand elle le conjurait de ne songer un mois durant qu'à l'examen de la religion. « Mais qu'est-ce qu'un mois », lui répondait Leibniz, « au prix de tant d'années que j'y ai employées depuis l'âge de vingt-deux ans* ? » CoïTiment ne pas entendre ici le cri véridique de l'homme qui perpétuellement agita en lui le problème religieux ?

volontiers ce que vous dites. Madame, de la grande édification avec laquelle des personnes pieuses assistent au culte divin selon votre rite. Mais vous p()urr(;z vous assurer qu'il n'y a |)as moins de dévotion chez les Protestants... Le Landgrave l'>nest... reconnaît de bonne foi qu'il s'en faut de beaucoup que le culte divin se fasse en Italie, pour parler du général du peuple, avec cette dévotion qui se remarque chez les Proleslanîs... Cette accusation contre les pasteurs des Protestants, comme s'ils trompaient leurs ouaillv's, est un peu forte. Des gens passionnés du parti protestant ont la même opinion des prêtres de l'I^glise romaine, et ils sonttrès portés à croire* que leur religion n'est que politique et intérêt: tous ces soupçons sont très injustes... Croyez-moi qu'il y a beaucoup de personnes bien intentionnées, savanles, judicieuses parmi les Protestants, qui, après avoir lu l'histoire de ce qu'on appelle le papisme, ne |)euvent assez s'étonner qu'une personne de bon sens et de bonne foi peut demeurer dans la communion romaine, et je les fâche souvent en combatlant leur zélé trop emporté... Il y a des choses où les uns doivent apprendre des autres, et cette obligation est réciproiiue. Les préventions par les(pielles nous nous mettons infiniment au-dessus des autres à l'égard de Dieu et de la foi sont souvent l'effet d'une secrète vanité. . J'ai cru cpie le grand respect que je vous dois ne me doit point empêcher de parler avec cette sincérité chrétienne qui nous est commandée... On demeure d'accord que tous les Chrétiens sont obligés de faire des efforts pour être dans l'union ecclésiastique, et i)articulièremrtiit avec la métropole du christianisme qui est Rome. Mais il est vrai aussi que Home peut... autoriser des C(mciles qui ne sont point œcuméniques, et qu'en exigeant des gens ce qu'ils ne peuvent accorder, elle peut mettre obstacle à l'unité et se rendre coupable du schisme. Ainsi, un des |)lus grands services qu'on peut rendre à l'Kglise est celui de disposer les esprits à faire chacun de son côté tout ce (ju'on peut pour lever le schisme malheureux... Vous savez. Madame, qu'il y a des personnes dans le monde qui sont comme l'àme des autres et ((ui tournent le genre humain à leur gré, lorsque l'élévation de leur esprit est égale à celle de leur puissance. Ces personnes sont très rares, mais" lorsqu'il y en a, on se peut tout promettre de leur magnanimité. »

1. F. de Careil, éd. cit., t. Il, p. 85. Lettre du 18/28 février 160o.

L EGLISE UNIVERSELLE

Que donc FEglise romaine change ses pratiques ! Sinon c'est elle qui fait le schisme. « Tout cela est sans réplique ; et je ne saurais m'empecher de vous conjurer, Madame, d'y donner un peu d'attention ; car, quand vous nous abandonneriez, nous ne nous abandonnerons point*. » Voilà l'aveu suprôme : Les Protestants sauveront l'Eglise. Leur charité est moins intéressée à la gloire d'une conversion !

Que répondre à ces appels précipités? «... Ce que vous me proposez de faire », avait déjà répliqué W^^ de Brinon, « me tirerait de ma place et de mon devoir^. »

Quel dialogue fut jamais plus tragique ? Leibniz, réservé ou théoricien avec un Bossuet, découvre à une religieuse ses plus intimes croyances. Apôtre véritable, il ne discute pas seulement ; il entreprend une âme et la veut gagner à sa vérité. Il l'épouvante. Comment, se demande M"**" de Brinon, peut-on « discourir toute la vie sur une chose qui ne peut plus se faire après la mort, et de laquelle dépend le salut ^^? » Et si cette recherche était la condition du salut ^î Leibniz s'en expliquait clairement à M"'*' de Brinon : « ... Pour ce qui est de l'esprit philosophe dont votre ami vous a dit qu'on doit se défaire, c'est comme si quelqu'un disait qu'on doit se défaire de l'amour de la vérité : car la philosophie ne veut dire que cela. Il a peut-être entendu une philosophie de

1. F. (le Gareil, éd. cit., t. II, p. 92. Lettre (Je Leibniz à M"»» Brinon, 18 avril 1095.

2. Lettre de M"'" de Brinon à Leibniz, du 23 mars 1695. non intégralement publiée par F. de Gareil. La phrase citée ici est donnée par F. de Gareil, éd. cit., t. II, p. 89.

3. F. de Gareil, t. II, p. 97. Lettre de M"»» de Brinon à Bossuet, 25 juin 1695.

4. Cf. Gerhardt, Vh\l. Schr., éd. cit.. t. lit. p. 414 : « On a raison... de dire que Dieu ne punit point celui (lui examine s'il existe ou non ; au contraire, cet examen est louable quand il est bien conduit. »

L OBSTACLE

secte, mais je suis très éloigné de cette manière de philosopher; car c'est proprement être dans une secte, quand on donne trop à l'autorité des hommes et à la cabale d'un certain

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