Rommel, éd. cit., t. IL p
2. Fénelon, Majcimes des Sainls, passun, et Conclusion de lous ces ai'lie les.
3. Cf. Klopp, éd. cit., t. VIIL p. 134. - Je voudrais qu'on fit les découvertes « par un principe de piété, laquelle serait le Iriiil d-une science bien entendue, bien loin d'y èti-e contraire... » Cf. Incchls, rheolorjie,\oL V, 3 a, f- a et 6, « Extrait du Journal Anglais de William l»enn », ou Leibniz, après avoir parlé du mysticisme décrit dans ce voyage, ajoute : « Je ne désai)prouverais pas ces manières proi)res à faire valoir les bonnes choses, si je les trouvais jointes à une doctrine claire et lumineuse, comme étaient celles de Jésus-Christ et des Apùtres... Les idées que Jésus-Christ nous donne de Dieu sont grandes, mais en même temps elles sont claires... Maintenant que la Providence a enrichi notre siècle par tant de nouvelles lumières, qui résultent des découvertes merveilleuses qu on a faites dans la nature..., on en devrait profiter en les appliquant aux idées que Jésus-
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effet, on ne peut aimer un ôtre qu'on ne connaît pas, ou qu'on n'aspire pas à connaître. Il faut analyser les corps de Tunivers, d'abord « pour y trouver les merveilles de la sagesse divine, » ensuite (( pour reconnaître en quoi ils peuvent servir à notre conservation et môme à notre plus grande perfection ^ ». Programme indéfiniment extensible dont Leibniz ne voyait pas lui-môme toutes les transformations possibles : Etude descriptive de la nature; utilisation mécanique, puis appropriation des corps; Leibniz saisissait en ces disciplines delà (( physique » et de la médecine des forces capables de maîtriser rinfini naturel.
Car bien vaine et superficielle demeurerait notre science, si, à jamais théorique, elle contemplait sans les capter les forces naturelles. Deux sciences apparaissent à Leibnizcomme particulièrement capables de condenser en une appropriation humaine la dispersion totale. Ce sont la théologie et la médecine. (( Car de môme que la théologie est le plus haut point de la connaissance des choses qui regardent Fesprit, et qu'elle renferme en quelque façon la bonne morale et la bonne politique, on peut dire que la médecine aussi est le plus haut point et comme le fruit principal des connaissances des
Christ nous donne do Dieu. Car rien ne nous saurait mieux marquer les perfections divines (juc les beautés admirables qui se trouvent dans ses ouvra^^es... Plus on connaît la nature et les vérités solides des sciences réelles,... plus on est capable d'aimer Dieu véritablement... Jésus-Christ ayant jeté les fondements de l'amour de Dieu, par les seules connaissances communes à tons les hommes, il est à nous de fortifier de jour en jour ces grandes idées par les nouvelles lumières naturelles (lue Dieu nous a données pour cela, et dont la grùce se sert selon les dispositions d'un chacun... il est vrai que la religion et la piété ne dépend i)oint des ^•iences profondes, parce qu'elle doit être ix la portée des plus simples. Mais ceux à qui Dieu a donné le temps et les moyens de le mieux connaître, et par conséquent de l'aimer d'un amour plus éclairé, ne doivent pas en négliger les occasions, ni par conséquent l'étude de la nature. »
1. Foucherde Gareil. Lettres et Opuscules inédits de Leibniz, Paris, 1854, Mémoires pour les personnes éclairées et de bonne intention, pp. 280-i281.
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corps, puisque c'est à la médecine de considérer les corps par rapport au notre \ » Ainsi se réconcilieraient en Leibniz le^ naturalisme et la doctrine de la vie spirituelle. Par la figuration de la (( vigueur du corps » « analogue » au a salut de ' l'âme - » se préparait la théorie du salut total, que notre temps confusément s'efforce d'édifier. Plusieurs s'étonneront d'un tel rapprochement entre la théologie et la médecine. Mais un Leibniz transfigure les définitions ordinaires : La théologie n'est plus une dogmatique froidement isolée, fondée sur une révélation elle-môme violemment opposée à toutes les autres réahtés spirituelles. Elle est un « point de vue », le plus profond des <c points de vue » sur toutes les choses qui regardent l'esprit. De môme, par la médecine l'homme tire à soi, hors de tout Funivers accessible à la science, les propriétés des corps, qu'il pourra transposer ensuite et adapter à notre propre corps. Le savant modèlerait et recomposerait sur un ôtre les forces récemment arrachées à la dispersion universelle. Est-ce là trop presser l'intuition de Leibniz? Ne découvrons-nous pas toujours la hantise des réalités monadiques ' ?
1 Lettre inédite au P. Boiwel. 2 décembre 1697, dont iii.o infime partie a été publiée parlJutens, t. II, 1, p. 2G2, éd. cit.
2 Cf Klopp, éd. cit., t. Il, p. 416, licrit surn:f?yple : la phrase est citee au début du chapitre ii, 1" partie, p. 47 du présent ouvrage.
3. Leibniz ne s'est pas contenté d'agréger la médecine à son syslème.
On trouve dans ses œuvres, outre un grand nombre d observations lech-
niq rgroupées sous la rubrique MeUizin à la bibliothèque de llanov e
Tinédiles. - d<.s indications sur la n.élbode (p.e devraient s" e les
médecins pour obtenir des résultats scientilicp.es^un peu nu.ms ^^^^
vagues. - Cf. daboid Klopp, édit. cit.. t. \ II. ,M).2i--24 >, Lettre al W'-^t™e
Sophie 6 mai 1693, où Leibni. se plaint non pas tant des médecins que
d u ssants, « car ceu.K qui gouvernent doivent avoir «oin de ce qui
importe au public et faire faire des observations et des "■"«"•n"'-'^ ^ue
™s médecin! ordinaires, qui ne cherchent qu'à gagner leur «"hsistanoe
par la pratique n'ont garde de faire... Je suis assure par e.xemple q c
dans un grand hépitai, une seule année pourrait fournir un trésor de
nouvelles observations, s'il y avait des gens employés a 'es remarquer
C'est donc la faute des grands seigneurs que les hommes rayent encore s
peu de chose. .. Je suis même persuadé que... non seulement en temps dt-
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La science ainsi entendue ne se peut plus séparer de Tart. Leibniz définit lart d'une façon superficielle et ne le dégage pas en général des travaux mécaniques. Un jour, il déclare légèrement que la perte d'une belle machine lui paraît plus déplorable que celle d'un tableau de Holbein *. Si pleinement avait alors disparu l'ancien accord de l'art et de la pensée !
Scission par qui peut-être sont rendues explicables les méconnaissances esthétiques de Leibniz. En un fragment sur Les Arts et les Sciences en Allemagne, il montre que, si les Italiens parvinrent à convertir en beauté l'inanimé et le repos, les Allemands s'efforcèrent vers une plus complexe œuvre d'art. A cette œuvre, d'où n'eussent été exclus ni le mouvement ni la vie, —le poids de la terre, l'inséparabilité de l'eau, la force de compression et d'expansion de l'air, « l'insatiable voracité du feu » eussent collaboré; et ainsi se fût
peste mais toujours, il faudrait avoir un conseil de santé, où des conseillers politiques fussent employés, conjointement avec les médecins, à peu près comme dans le consistoire, à l'égard du soin des âmes, les politiques sont mêlés avec les ecclésiastiques... Ainsi, je tiens qu'on ne doit nullement négliger la médecine... (et qu'on doit pous.ser) la science plus loin, qui n'est que dans ses commencements. » — Ailleurs (Dutens, éd. cit., t. V, p. 68. Lettre à Grimarest (1712), Leibniz est plus hardi encore : « La science de la médecine vaut mieux que celle de la guerre, et serait beaucoup plus estimable si les hommes étaient sages... J'ai peur que les grands médecins ne fassent mourir autant d'hommes que les grands généraux. Le mal est qu'on s'appli(iue plus à l'art de faire du mal qu'aux arts bienfaisants, et si on prenait autant de soin de la médecine que de la science militaire, et si les récompenses des grands médecins étaient aussi grandes que celles des grands généraux, la médecine serait bien plus parfaite qu'elle ne l'est. » — Dans une lettre adressée à Pellisson en 1692 (F. de Gareil, éd. cit., t. I«r, pp. ;}81-82). Leibniz parle d'un conseil qu'il donna à un médecin de Modéne, Ramazzini, relativement îi un projet « d'histoire médicinale de l'année » que l'on rédigerait'tous les ans, histoire « fondée sur la saison et sur les observations faites à l'égard des fruits, des animaux, et des hommes, des maladies régnantes, de leurs signes, types, symptômes et ef^fets, de l'effet des remèdes. La seconde année vient de paraître, et il m'a fait l'honneur de me la dédier... » Leibniz voudrait qu'une telle histoire fat rédigée dans chaque pays, et fondée sur des observations précises.
1. Gerhardt, Vkil. Schr., éd. cit., t. III, pp. 222-223. Lettre à Th. Burnett (à propos de peintures de Holbein, brûlées à Witehall).
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attestée la maîtrise de Tbomme sur les éléments de la nature. Leibniz, à ce sujet, célèbre Albrecht Diirer, à qui « les proportions non-vivantesdoivent une grande part de leur actuelle perfection », et qui en même temps fut attentif aux arts plus humbles et à l'effort quotidien de l'artisan. N'est-ce point, se mêlant ici en Leibniz à la persistante ambition alchimique, un regret de la croyance médiévale en- l'accord et en la dignité » de tous les arts? Au Moyen Age, en effet, les arts industriels réclamaient des créateurs analogues à ceux qui travaillaient r (( image » ouïe carton de vitrail. L'académisme rompit cette primordiale unité; et l'on doit reconnaître en lui l'origine des erreurs esthétiques d'un Leibniz. Si, parallèlement à la science, l'art se fût modelé sur une vie qui de toute part se renouvelait, Leibniz n'en eût pas, à ce point, négligé les formes ultimes. Il les reconstruira, d'ailleurs, par ses intuitions métaphysiques. Et elles seront si étroitement bées à sa pensée religieuse ^ qu'il importait de préciser leur apparente disgrâce Un art, dont l'académisme n'avait [)as atteint l'essence, semble avoir été, mieux que tous les autres, saisi par Leibniz en son émergence même, et sans que des constructions abstraites le fissent surgir: c'est la musique. Sans doute, comme €n témoigne la correspondance inédite avec Henfling, toute remplie de travaux techniques, en particulier sur l'octave, Leibniz était séduit par la théorie mathématiquede la musique. Peut-être reconnaissait-il en la musique une sorte de lien réalisé entre la vérité mathématique et la vie. La mathématique et la vie sont « incommensurables ». Que des « équivalences » pratiques soient donc interposées par nous î La mu-
1. Le passage commenté ici se trouve dans F. de Gareil. éd. cit , t. VU, })p. 67-68. Fragment allemand, inexactement traduit par F. de Gareil. Noter que le texte même est, dans sa siQuifîcation formelle, très médiocre et d\ine lamentable ignorance esthciique.
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sique est le « commensurable » que cherche et trouve notre esprit. Ainsi pourrait-on expliquer, du moins, ces lignes profondes d'une lettre à Hcnfling : « Comme les incommensurabilités ne permettent point qu'on puisse garder une entière exactitude, il faut des équivalences commodes et il y a du o-énie à les trouver. Notre esprit cherche le commensurable même le plus simide, et il le trouve dans la musique, sans que les personnes qui Tignorent s'en aperçoivent \ »
De cette mystérieuse correspondance entre la théorie et la pratique Leibniz voudrait saisir les lois. Pourquoi telle musique, se demande-t-il, s'impose-t-elle à nous à la manière d une force irrésistible? Pourquoi un texte tel que « Ecce quomodo moritur Justus^ », chanté par les enfants de chœur dans les rues, soulèvc-t-il Fàme entière? Leibniz, par malheur, a rarement ainsi livré l'essence de son sentiment. Du moms, a-t-il laissé incessamment entrevoir son souci de réconcilier l'art et la science. La métaphysique de la musique s'él)auchait, d'ailleurs,*en lui. « La musique est... une belle occupation », disait-il, « et qui donne quelque élévation à l'âme, en entrant dans une imitation de cette harmonie universelle que Dieu a mise dans le monde\ » N'agrégeait- il pas ainsi la musique au monadisme ? Il découvrait peut-être dans une œuvre musicale un « petit monde ' » dont tous les membres s'imitent les uns les autres : Totalité indécomposable par nos sens, mais réalité intérieurement mathématique. La vie musicale produisant horsdes profondeurs la vérité mathématique, n'esl-
1. U'Itre inédite à Ilenfling, s. d. , au dos d'une lettre de llenfling, deux colonnes serrées, f" 13, verso.
i>. Lettre inédile à llenfling; fragment donné par Bodemann : Der Briefwechsel des G. W. Leibniz, op. cit., p. 86.