Lettre inédite à Morell, f" 16, verso
LA GLOIRE DE DIEU
encore, « une science certaine de tout ce que je souhaiterais de savoir en théologie ; mais je crois pourtant de savoir assez certainement ce qui me paraît essentier. » Cette essence de la théologie fut entrevue par un Jacob Bœhme, qui avait « assurément quelques pensées sublimes et solides- ». Mais chacun, sans doute, selon Leibniz, doit se forger à soi-même sa propre théologie mystique : « Je perds trop de temps à... étudier » un homme tel que Bœhme, disait-il, « et j'avance bien mieux par mes propres méditations'. » Méditations qui ramènent Tâme de plus en plus profondément à sa source. Renoncement à soi-même, pour trouver l'union avec Dieu; mais de cette union, si on la ressent avec force, on extrait immédiatement l'union lotale'avec le bien universel : « Je crois que le renoncement total à soi-même n'est autre chose que de préférer le bien commun, ou, ce qui est la même chose, la gloire de Dieu, à son intérêt particulier.... Ce renoncement ne demande pas un repos, mais plutôt une activité *. »
S'incfiner de plus en plus profondément vers la source de l'être; trouver Tunion avec Dieu, et alors discerner que Dieu lui-même agit; aller de plus en plus vers l'intérieur, puis épanouir cette intériorité, lentement conquise, par une activité émergée des profondeurs humano-divines ; — telle serait peut-être la foi initiale, d'où émaneront tous ces projets leibniziens que l'analyse tout à l'heure a froidement dissociés. On peut parler en effet d'une foi de Leibniz. Foi génératrice
1 Lettre inédile ii Morell, 4/14 mai 4698, f" 41.
2 Lettre inédite-^ Morell. 1" octobre 'lf»97. f» 27, verso. Cf. sur Bôhme, Lettre inédite à Morell, 4/14 mai 1698 : « Bohme m'a Paru profond et je lirai un jour ses œuvres » ; Inédits, Cltemie und Alchemie, vol. VI, f» 31. ecC,