Lettre inédite au P. Verjus, 18 août
2. Publiée par Dutens, éd. cit.. t. IV, 1, pp. 1G9-210. - Elle n'est pas datée, mais la date est fondée sur des documents indiqués i)lus loin.
l/ EXPANSION VRRS l/ORIENT
Efîorçons-nous de lui présenter notre propre doctrine comme analogue à la sienne. Les Jésuites parlent de superstition et de barbarie chinoises ; mais, pense Leibniz, nous, Protestants, jugeons de même les pratiques des Catholiques actuels. Les Chinois ne sont pas plus religieusement contraints de garder leurs récentes théories que nous ne sommes liés à telle explication des Scolastiques ^ Or, si nous débarrassons la pensée chinoise de ses modernes additions, nous découvrons une philosophie primitive consubstantielle à la notre.
Telle fut en Leibniz l'intuition géniale issue d'une foi en Tunité primitive et fondamentale de la vérité. Il ne voulait pas gagner à une doctrine nouvelle des hommes qui y seraient étrangers. Il espérait montrer aux Chinois qu'ils sont infidèles à leur propre religion, qu'ils doivent être ramenés à leur propre antiquité. Une fois cette antiquité atteinte, quelle ne serait pas la puissance attracUVe de la doctrine chrétienne, qui s'y révélerait identique !
Identité que l'on contes^ d'ordinaire. On reproche aux Chinois de ne pas séparer complètement l'esprit de la matière, chez les êtres créés. Mais Leibniz soutient la môme thèse, d'accord avec plusieurs Pères". Sans doute, les Chinois d'aujourd'hui croient, pour la plupart, que Dieu est l'âme du monde. Leibniz demande qu'on leur enseigne la doctrine primitive, qui nous montrait Li producteur de Ki, c'est-à-dire le Premier Principe producteur de la Matière. Comment, de cette façon, ne persuaderait-on pas aisément aux Chinois la doctrine chrétienne de l'InteUigence supra-mondaine^? Les
1. Dutens, éd. cit.. t. IV, 1, p. 170. Cf. Loisy, l'Évangile etVÉglise, 3«» éd. Paris, 1904, p. 68. « Lt^glise catholique n'est liée à la science et aux formes politiques du moyen âge que s'il ne lui plaît pas de s'en dégager. »
± Id..t. IV, 1, p. 170.