‹ Leibniz et l'organisation religieuse de la terre [microform]Chapitre 54 sur 306 · Lettre inédite à Morell, mai 1697, folio · texte numérisé non relu

Lettre inédite à Morell, mai 1697, folio

3. Lettre inédite à Morell, 1«^ octobre 1697, Fol. 26-27. (Le fragment cité est édité dans Guerrier : Leibniz in seinen Beziehungen zu Russland und Peter dem Grossen. Petersburg 1873, 2» partie, p. 27.

4. Fragment donné par Bodemann. Briefwechsel. Catalogue cité. Phrase déjà citée. Lettre inédite du 15 avril, 1695. ^^ r '■"■.

les choses qui sont nôtres, mais celles qui sont de Dieu\ » Que soit donc approuvée la flexibilité intellectuelle des Jésuites, qui leur a permis de ne point mêler à leur enseignement les questions controversées ! Cette habile tolérance leur a valu de rapides succès, tandis que, moins souples, les missionnaires des autres ordres ont été expulsés dès 1637. Dès lors, en Europe, une lutte sans arrêt a commencé contre les Jésuites. On les a accusés de favoriser l'idolâtrie. Des procès incessants se sont discutés en Cour de Rome. Et durant l'un d'entre eux, en 1699, un récent témoignage de Leibniz a été invoqué par le Général des Jésuites-. Xul doute que Leibniz n'ait, avant tout, admiré en cet Ordre la faculté compréhensive, qui lui semblait l'une des forces rehgieuses. Pourquoi blâmer les Jésuites de s'insinuer peu à peu, de prendre les costumes chinois, et de ne pas supprimer totalement les cérémonies chinoises? Sans doute si le culte rendu à Confucius a un caractère d'adoration, il le faut détruire. Mais, pour en fixer le sens, quel meilleur parti que de se tourner vers l'empereur lui-même? Il est législateur sacré aussi bien que politique. « Et je ne vois pas comment », dit Leibniz, « on peut récuser le jugement de l'empereur de la Chine et des hommes remarquables de ce pays, quand il s'agit de la signification des mots. Supposez qu'une autre

1. Lettre inédite au P. Papebroch, 27 décembre 1698 : « Quis ignorât Gothos et Vandalos. et tôt alias gentes ab Arianis récépissé Christum ?... Deum precor, ut caritatem veram in nobis omnibus magis magisque suscitet ; ita sepositis factionum studiis, non ea quœremus qua^ nostra sunt... sed quœ ipsius ». (F» 44).

2 Klopp. éd. cit., t. Vin. p. 144. Cf. par contre l'indignation des purs Chrétiens, dont ce passage de Pascal est l'écho : « Ils... répondent si bien selon ce qu'on leur demande que, quand ils se trouvent en des pays ou un Dieu crucifié passe pour folie, ils suppriment le scandale de la croix et ne prêchent que Jésus-Christ glorieux et non pas Jésus-Christ souffrant, comme ils ont fait dans les Indes et dans la Chine. )> (F^ Lettre Provinciale, édition des Grands Ecrivains, t. I, p. 105.)

l'expansion vers l'orient

opinion ait prévalu jusqu'ici, elle cesse certainement du jour où Tempereur a exposé dans quel sens il faut interpréter les rites et les autres signes de la pensée ^ » Les Jésuites ont donc bien raison, pense Leibniz, de montrer que sous les obscurités c'est la lumière chrétienne qui est pressentie : Semblables à saint Paul qui sut lire Jésus-Christ ( sur lautel athénien dressé à la divinité inconnue, nous devons entrevoir des pensées mystérieusement chrétiennes au-dessous des formules de Confucius -.

Or, le 27 juin 1705, l'empereur K'ang-Hi recevait le légat du Pape, cardinal de Tournon. De leur entretien résulta le décret du 17 décembre 1705, par lequel l'empereur bannissait l'évèque de Conon, tandis que le légat se réfugiait à Canton où il était emprisonné. Les missions étaient définitivement atteintes.

Postérieurement à cette année 1705, les lettres de Leibniz sur les missions deviennent, semble-t-il, moins fréquentes. De 1695 environ à 1699; puis, de 1700 à 1705; telles furent donc les années de vrai enthousiasme. Néanmoins, des lettres sur la Chine sont encore écrites en 1707 et 1708. Peut-être d'ailleurs à ce moment Leibniz pensa-t-il que les Protestants évangéhques et anglicans reprendraient Fœuvre inachevée. En tout cas il ne perdit pas l'espérance, puisque la dernière année de sa vie il conciliait la philosophie chinoise et la pensée occidentale.

1. Dutens, éd. cit., t. VI, p. 191. Leibniz remarque quelque part que le fait de la tolérance des Mahométans à l'égard du culte chinois est un témoignage de son caractère anti-idolàtrique (Cf. Gerhardt, Pltil. Schr., éd. cit.. t. II, j). 413). Cf. Lettre à La Croze du 2 décembre 1706, ap. Dutens, éd. cit., t. V, pp. 470 sqq, une curieuse théorie du mahométisme considéré comme une sorie de transition réalisée entre le monothéisme juif et le christianisme. Cf. aussi Gerhardt, P/aï. Schr., éd. cit., t. II, p. 563.

2. Lettre inédite au P. Verjus. Fragment donné par Bodemann, Briefwecksel, catal. cité, p. 360. — Cf. Gerhardt, Phil. Schr., éd. cit., t. Il, pp. 424, 437 et 507. Lettres au P. des Bosses et Lettre inédite au P. Marchetti, 24 août 1701.

LES JESUITES

Jusqu'à la fin aussi, peut-être, il demeura fidèle aux Jésuites. Il admirait, contrairement à la plupart de ses contemporains, ce don de flexible pénétration qui leur avait gagné des sympathies chinoises. Il écrivait au marquis de Westerloo, le 8 juillet 1715 : « Je suis fort pour les Jésuites quand on les attaque sur la Chine et je crois qu'on leur y fait tort; mais je ne suis point pour eux quand ils attaquent les Jansénistes ^... » Les Jésuites, de leur côté, ne se montraient si zélés à l'égard de Leibniz que par espoir de le convertir. Tous n étaient point comme le P. Marchetti qui lui prédisait les flammes derenfer\ Le P. Verjus, par exemple, écrivait qu'il donnerait sa vie pour amener un tel fidèle \ Un vaste plan d'attirance catholique se construisait autour de Leibniz.

On ne peut savoir jusqu'à quel point cette ardeur fut généreuse. Lors du séjour de Leibniz à Vienne, entre 1712 et 1714, les Jésuites semblent avoir entravé son projet d'académie, par crainte, sans doute, que les nouvelles découvertes ne leur fussent nuisibles et surtout qu'un Protestant n'y fut mêlé. De plus, certains Jésuites auraient répandu le bruit d\me conversion, sous prétexte que Leibniz avait assisté à un sermon à la Cour impériale'. Hostihté qui ne semble pas avoir modifié le jugement de Leibniz sur les Jésuites. Durant les derniers mois de sa vie, d'ailleurs, malgré les injustices grandissantes qui annoncent l'ingratitude finale, il travaille avec une nouvelle confiance. Passionnément, il écrit

1. Fragment donné par Bodemann, Briefirechsel, cat. cité, p. 385. Presque au même moment, c'est-à-dire le 2 juillet 1715, il écrivait à Pritz : « Orationes tuas de sinensi controversia legi cum voluptate. Ceterum eo propemodum inclino ut Jesuitis tantum faveam in ea causa, quantum in probabilismi causa non faveo. « (Lettre inédite k Pritz, 2 juillet 1715. F» 4.) Cf. encore Lettre inédite au R. P. Qucsnel, 12 mars 1707, même remarque.

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