‹ Leibniz et lorganisation religieuse de la terreChapitre 101 sur 305 · DEUXIÈME PARTIE CONSTRUCTION DE L'ÉGLISE UNIVERSELLE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE CONSTRUCTION DE L'ÉGLISE UNIVERSELLE

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Au cours des siècles, sans cesse, Tâme chrétienne aspirait à reconquérir un état idéal, éprouvé jadis, affirmait-elle, mais dont le secret semblait se perdre. La fondation de l'Ordre de Saint-Benoit, en o2S, fut la première tentative pour instaurer en une Eglise anémiée une société plus conforme à l'Eglise primitive, et où les membres vivraient selon le Christ. D'ailleurs, tout ordre monastique, à son âge héroïque, ne futil pas, en un sens, l'Eglise mystique des premières heures se retrouvant à travers les décadences ? La Réforme clunisienne du X* siècle n'a pas seulement déterminé en partie l'architecture du Moyen Age^ Elle a évoqué une Eglise plus profonde, plus intense, que la communauté visible : de la sorte s'épanchait l'instinct de révolte et d'extase, en créations harmonisées à l'Eglise traditionnelle. Et par là, plutôt que le scrupule des esprits, trop timides encore pour que l'unité fût brisée, s'affirmait la croyance que toute œuvre durable émane d'un effort collectif. Croyance dont se vivifiait le Moyen Age, et par qui surgissaient les monuments et les exploits. Aux xiv^ et xv^ siècles, elle s'altère ; et les ordres monastiques décli-

i. On n'admet plus aujourd'hui la théorie de Viollet-lc-Duc sur une influence presque exclusive de l'École clunisienne. Mais on laisse à Cluny une action prépondérante sur l'art du Moyen Age.

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nent et se corrompent, tandis que se dissout le MoNcn Age luimême. Du jour où le rêve de vivre socialement d'après l'idéalde la primitive Eglise fut refusé aux âmes religieuses, les abus de l'Eglise officielle, jusqu'ici relativement négligés parce qu'on les guérissait ailleurs en une société plus pure, ne pouvaient pas ne point sembler irréparables.

Ce ne fut point, dès lors, une subite hantise qui tendit les Réformateurs vers un primitif évanoui. Au contraire, un antique désir, mais cette fois irréalisable objectivement, survivait en eux. Et Findividu ne se concentra si fortement en lui-même au xvi® siècle que parce qu'il ne pouvait plus comme par le passé rayonner en autrui. D'ailleurs l'individualisme des Réformateurs, que l'on a généralement mal compris, fut seulement provisoire. L'individu plus que jamais n'allait-il pas s'efforcer de se fondre en autrui jusqu'à réaliser le miracle collectif de l'office protestant? Et par la forme musicale du choral, dont l'expression définitivement agrandie apparaîtra dans les Cantates .de Bach, les Prolestants ne produisaientils pas vraiment l'union mystique?

Mais les disjonctions intellectuelles persistaient. Les Catholiques affirmaient que le messianisme indivisible nous fut transmis intégralement. Que faire, si l'on en doute ? Déclarerat-on négligeable la tradition ? Les Protestants ne méprisaient pas la tradition ; ils la cherchaient au contraire. Et la volonté de mysticisme qui la leur faisait surprendre dans la continuité idéale, invérifiable empiriquement, d'une Eglise « invisible » n'était pas une simple condescendance aux idées ambiantes. Or, sans doute, ils ne s'approchaient pas ainsi des Catholiques. Rien n'était plus détestable à un Catholique que ce dédain de l'objectivité, inspirateur de la doctrine de l'Eglise invisible. L'Eglise se posait elle-même comme

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une société visible, nette, j)al|)ablc'. Et pourtant, par delà les apparences hostiles, une unité insoupçonnée se découvre : essentiellement, Catholiques et Protestants n'étaient pas en désaccord. L'idée de tradition ne les séparait pas, mais l'expression, visible à tous, de la ti-adilion invisible. Or, celle expression était-elle la vraie tradition de l'Eglise? L'Église n'allait-elle pas penser dans l'avenir que sa tradition doit être vérifiée et, pour tout dire, « critiquée »? Enfin les Catholiques étaient-ils donc si surs de n'admettre que les données visibles et palpables? Lorsque, réunis en conciles, ils découvraient la continuité du dogme, ne négligeaient-ils pas tout ce qui est individuel, c'est-à-dire tout ce qui est « visible » ?

Point de vue théorique, où ne pouvaient s'arrêter les Réformateurs. Hommes d'action, ils devaient confondre la tradition essentielle et les traditions extérieures, pour faire sourdre brusquement une doctrine communicable à tous. Comment se serait-on accommodé autour d'eux de minutieuses ana- 13'ses ?

Dès lors, la séparation fut brutale. On fut contraint de trouver rapidement un dogmatisme nouveau, aussi .organisé, aussi fixe, aussi intangible que le dogmatisme romain. Mais lorsque, après cette hâtive construction, les Réformateurs se prirent à regarder les deux doctrines, des analogies surgirent, inquiétantes. Les maîtres, Luther et Calvin, parce qu'ils se souciaient avant tout de l'action, répugnaient à toute tentative d'union. Mais chez des esprits moyens, peu créateurs, hésitant entre la pensée et l'action, tels que Mélanchthon, les ébauches conciliatrices se précisaient.

Que valaient ces désirs ou ces regrets ? Aussi peu que les

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