‹ Leibniz et lorganisation religieuse de la terreChapitre 102 sur 305 · I. Bossuet, Histoire des Variations, livre XV · texte numérisé non relu

I. Bossuet, Histoire des Variations, livre XV

souffrances de certains Catholiques devant l'unité brisée.

Par malheur, presque tous les esprits, à la fin du xvi^ siècle et durant le xvii®, s'obstinèrent à scruter les doctrines que des crises seules avaient produites. Là-dessus s'édifièrent des projets de Réunion entre des Églises qui n'avaient pas encore développé toutes leurs puissances. Comment « réunir » des forces qui ne s'étaient pas approfondies elles-mêmes, et qui n'avaient pas justifié leur existence?

N'était-il point dès lors nécessaire que se formât un second protestantisme, critique et historique, tandis que le premier n'avait pu être que mystique et actif? On eût ainsi perçu que les Réformateurs avaient inauguré avant tout une méthode, et qu'il la fallait, après eux, scruter, compléter ou détruire, selon les exigences nouvelles des choses.

Il semble que telle ait été. en un sens, l'attitude de Leibniz.

Dans YHistoire des Variations, au contraire, un Bossuet s'efforçait de décrire combien difficilement le sens cathohque désertait l'esprit des novateurs. Pour l'Eucharistie, par exemple, Luther n'avait-il point affirmé, avec une force incessamment grandissante, la « réalité » : et par là n'avait-il pas maintenu l'essence du sacrifice de la Messe ' ? Calvin luimême, en apparence si attaché au sens figuré, avait répété « que nous sommes », dans la Cène, « unis à Jésus-Chrit, non par fantaisie et par imagination, ni par la pensée ou la seule appréhension de l'esprit, mais réellement et en effet par une vraie et substantielle unité - » . Ne devait-on pas espérer aussi

i. Bossuet, Hist. des Variât., livre II, passim.

2. Id.. 1. IX: cf. Edit. Guillaume, Bar-le-Duc. 1877, 10 volumes 10-4»; édition considérée par M. Rébelliau (Hist. de la Langue et de la Littérature

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de convaincre les Luthériens que jamais l'Eglise ne déclara le Chrétien justifié par ses propres mérites et non par ceux de Jésus-Christ ^? Enfin, ce ne serait certes pas la Réforme, ;< un si beau nom - », disait Bossuet, qui effrayerait jamais les Catholiques.

Pensées hardies et généreuses d'un apôtre, qui se confie en la toute-puissance de V « Expo^tion », Comment, impatient de convertir, eût-il désiré que la méthode protestante s'accomplit? Quelle plus consolante découverte, au contraire, que de reconnaître entre Protestants et Catholiques un abîme moins infranchissable que d'abord il ne fut redouté ?

Mais en même temps, on pouvait souhaiter que d'autres hommes, moins ardents et moins pénétrés d'amour peut-être, voulussent être des critiques, jaloux de surprendre en chaque secte l'irréductible secret qui la distingue de toutes les autres.

C'est cette origijialité, inséparable de la vie, que les Réformateurs n'avaient pas su toujours susciter en eux-mêmes. Ils s'étaient crus, on les avait crus inspirés. Si révolutionnaires que soient des hommes, ils empruntent quelque chose de la doctrine nouvelle à celle même qu'ils veulent détruire. Les Catholiques avaient enseigné que seuls les Prophètes peuvent faire œuvre de créateurs en religion. Les Réformateurs, au lieu de se poser en critiques, voulurent, eux aussi, passer pour avoir reçu la grâce ; et, comme manifestement leur œuvre était humaine, pleine de variations et d'hésitations, on

françaises, ouv. cit., t. V, p. 341) comme la plus complète. Cf. ici, t. III, p. 291. — Toutes les citations de Bossuet sauf celles des œuvres oratoires et des lettres à Leibniz seront empruntées à cette édition.

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