Id., t. III, p. 340 (1704). Lettre à Lady Masham
Infidèles. La nécessité vraie de démontrer la Résurrection hâte la théorie philosophique de l'avenir. Leibniz a surpris la nature ; et c'est pourquoi ses thèses sont toutes jeunes et fécondes : par la chimie pratiquée et la médecine entrevue, il a pour jamais introduit la vie en sa métaphysique'.
D'ailleurs^ les lettres qu'il adresse entre 1672 et 1673 au duc Jean-Frédéric sont écrites d'enthousiasme. 11 résume avec une ambitieuse audace toutes ses découvertes. En philosophie, en physique, en mathématiques, il a démontré ou inventé- ; la pratique s'ajoute à la théorie : des instruments d'optique, d'art nautique, d'hydrostatique, de pneumatique ; que n'a-t-il pas trouvé ^ ? Les mystères ne l'effraient pas plus que les problèmes humains. Il en veut démontrer la possibilité, non la vérité. La philosophie des Cartésiens, pense-t-il, est trop extérieure pour éclaircir en rien l'Incarnation, la Trinité, l'Eucharistie.. Il rêve de créer au contraire une philosophie « vraie et intérieure ^ ». Déjà il conçoit une hiérarchie des points de
1. Cf. encore ce fragment inédit. Théologie, vol. IV, 6a, Ad Iheosophiani Sturmianam : « Egregia est haec theosophia neque ego paucula ista annoto reprehendendi animo, sed adjuvandi. » (fol. 1). V. aussi Lettre à Stisser, 25 mai 1700, l" 9. (Dutens, t. il, ii, p. 128). (Si la physique est la science générale qui traite des trois règnes de la nature « profecto chemia erit practica pars physicœ generalis... itaqiie nihil de dignitate chemise tam splendidum dici potesl, oui non assentiar libens. » Sur la médecine et son rôle dans la pensée de Leibniz, cf. plus loin p. 439 note 3. Cf. dans un document inédit perdu dans les Nac/itràge de Physik, Mechanik, Chemie und Naturgeschichte, vol. VU, f<> 7, fragment sans titre : « Ainsi, par les degrés des observations physiques, nous parvenons aux plus sublimes et plus importantes connaissances de la métaphysique ou de la théologie naturelle. » Ce texte termine un fragment relatif à des questions purement biologiques, et pourrait servir à prouver l'importance de 1' « expérience » dans le développement de la pensée leibnizienne. Enfin, ce texte serait, à cet égard, décisif : « J'aime mieux un Leuwenhoek qui me dit ce qu'il voit qu'un Cartésien qui me dit ce qu'il pense ». (Gerh&vùi, Mathematische Schriften, édit. cit., t. II, p. 85 (1691). Passages non soulignés par Leibniz.
i. Troisième lettre au duc Jean-Frédéric, s. d. Gerhardt, Phil. Schr., éd. cit., t. I", p.. 38.