CHAPITRE II
LE MILIEU HAXOVRIEN ET LES CIRCONSTANCES HISTORIQUES DU PREMIER PROJET D'UNION^
(lôTô-iCig)
Depuis qu'il a quitté sa ville natale, Leibniz a toujours vécu en des milieux catholiques : à Francfort et à Ma^^ence, avec Boineburg ; à Paris, parmi les Jansénistes elles Jésuites ; à Hanovre enfin, auprès du duc Jean-Frédéric. En aucun cas, il ne rencontrait des Catholiques étrangers aux projets d'union . Mais ici, la situation devenait plus paradoxale, Jean-Frédéric , gagné au catholicisme, devait gouverner des Protestants.
1. Sources. — La question étant limilée aux circonstances historiques du premier projet d'union (1676-1679) et au milieu hanovrien, les sources principales sont : 1» Ti'ente-cinq folios inédils, relatifs à Nicolas Sténon ou Sténo, ou Nils Stensen. Ce dernier nom est le véritable. (Cf. Inédits, Théologie, vol. IV, 7, f" 1-35.) 2° Les premières lettres écrites à Bossuet en 1678-1679 et 1683 ; — 3» les lettres échangées entre l'abbesse de Maubuisson Louise-Hollandine, Anne de Gonzague, Henriette-Bénédicte, etc., lettres partiellement publiées, et non sans désordre, par F. de Careil, d'après les manuscrits du British Muséum ; 4» les premières lettres de Leibniz à Pellisson.
Livres. — 1» Sur le milieu hanovrien, la question a été renouvelée grâce au savant travail de M. Kôcher : Geschichte von Hannover und Braunschweiq von 1648 bis 1714 — in Publicationem ans den K. preussischen Staatsarchiven aux tomes XX et LXIII ; t. I" (1648-1668), 1884, et t. II (1668- 74), 189o. Leipzig. in-S". — :2» Sur les circonstances historiques, cf. les ouvrages fort vieillis de: Abbé Picot : Mémoires pour servir à l'Histoire ecclésiastique pendant le XVIII' siècle (6 vol.-in-8»j ; Abbé Tabaraud : Histoire critique des projets formés depuis trois cents ans pour la réunion des communions chrétiennes. Paris. 1824. in-8^ Cf. en outre Dr. Kiest, Der Friedensplan des Leibniz zur Wiedervereinig ung der getrennten christl^chen Kirchen aus seinen Verhandlungen mit dem Hofe Ludwig XIV, Leopold I, und Peter des Groszen. Paderborn, 1903, in-8».
Nous connaissons si faiblement en France Thistoirc d'Allemagne au XVII'' siècle, que nous croyons avoir tout expliqué, quand nous avons décrit le morcellement des Etats el déclaré que nul, parmi les princes, ne fut autre chose qu'un petit despote dépourvu d'influence. On ne pénétrera jamais ainsi au delà des apparences. Fort heureusement, des recherches, entreprises en Allemagne, commencent de nous révéler la vie minutieuse des div^erses provinces. Il en est ainsi du Hanovre \ L'histoire de la conversion du duc Jean-Frédéric ne semble pas d'abord être de grave conséquence. Peut-être pourtant doit-elle être étudiée avec d'autant plus d'attention qu'elle éclairera par avance le rôle de Leibniz à Hanovre.
La chose se passe à Rome, en 1651. Un an auparavant, Rantzau, disciple de Galixtus, s'était laissé convaincre par le directeur de la Bibliothèque Vaticane, Holstenius". De même le duc avait connu Holstenius^, Finalement, en février 1631, il abjurait en la présence de Rantzau '.
Cette conversion paraît avoir été sérieuse. Quelques mois plus tard, Jean-Frédéric demandait à sa mère comment elle le pouvait soupçonner d'avoir été guidé par le souci des dignités^ « Si Dieu a souffert pour moi », ajoutait-il, «je puis bien souffrir pour lui ^ » Cette déclamation ne doit pas nous tromper. Elle est constante en tous les écrits de ce
1. Cf. l'ouvrage précité, Kocher : Geschichte von Hannovev und Braunschweig i64S bis 1714, t. l" (1648-68), 1884, in-S- et t. Il (1668-74). in-8°, 1895. aux tomes XX et LXLIII des « PuUlicationen aus den K. preiissischen Staatsarchiven ».