F. de Careil, éd. cit., t. III. p
7. Rommel, éd. cit., t. II, p. 204; Q.Î. Inédits, r/iéo/oy/e, vol. XX, f» 297 verso, où Leibniz raconte que dans la chapelle luthérienne de Wolfenbiittel, on a chanté une pièce de musique italienne (que la masse par conséquent n'a pas comprise), et dont le sens était la louange du pape Innocent XI qui cherchait à réunir les Chrétiens contre les Turcs ; cela en présence du
alors qu'Innocent XI, austère et saint, se souciait uniquement de secourir «les princes chrétiens contre les Infidèles' ». On peut se demander si le Papo ne se montrerait pas avec avantage l'arbitre réel des « différends » entre les « princes chrétiens», vrai possesseur d'un pouvoir temporel. « La force de la religion ne passant que pour imaginaire parmi les mondains de ce siècle corrompu, il serait bon d'y joindre le bras séculier^. »
Théorie qui nous semble aujourd'hui bien surannée et qui ne s'accorde guère avec une foi protestante. Mais Leibniz a su en d'autres circonstances se rebeller contre le pouvoir du Pape. En ce même gallicanisme qu'il blâme dans les pamphlets contre la France il percevra ailleurs une demi-révolte contre les abus romains et une préparation à l'unilé religieuse. Pourtant il croira presque constamment en la fécondité de l'antique symbolisme impérial. Son incessante recherche d'une fusion de l'esprit et de la force, ou du Pape et de l'Empereur, produira, en se « développant », la politique nouvelle, à la fois matérielle et morale, profane et sacrée, qu'il décrira à Louis XIV, à Pierre le Grand et aux Jésuites.
Cette pohtique, bien plus que le dogme précis du Saint- Empire, traduira la religion concrète de Leibniz. Tout comme il transformera les formules théologiques, Leibniz en effet corrigera le sj'^mbolisme vieilli des formules impériales. Quelle
duc Antoine-Ulrich: de plus, cette pièce a été imprimée par l'imprimeur ordinaire, avec l'indication du jour où elle a été exécutée. « C'est la première fois », ajoute Leibniz, « qu'on a chanté les louanges d'un pape dans une Église luthérienne. » (20 janvier 1686.)
1. F. de Careil, éd. cit., t. III, p. 150. Remarques sur un manifeste franrais. — Cf. Ranke, Histoire de la Papauté, trad. française, t. JII, p. 326, ouv. cit.
2. Rommel, éd. cit., t. I", p. 28b. Cette apologie du pouvoir temporel ne doit pas être notée sans réserves. Elle est liée à l'une des politiques de Leibniz, la politique autrichienne.
est Tessence de « TEmpire ? » L'union du pouvoir et de l'amour. Peu importe si la monarchie de Vienne, à jamais décharnée et médiocre, ne s'identifie en rien à un tel modèle. L'Europe est l'Empire, ou plutôt l'Europe devient la « République )) en qui il faut insérer cette notion de pouvoir mystique.
Transposition que Leibniz n'indique pas formellement, mais qui est incluse en tout son œuvre. Les Etats chrétiens devront appliquer entre eux les règles mêmes de Jésus-Christ ; les plus puissants ne faisant jamais aux plus faibles « ce qu'ils ne veulent pas qu'un autre plus puissant leur fasse ' ». Si donc l'union entre les Etats chrétiens ne peut être fondée que sur la justice^, tout souverain qui songe uniquement à agrandir son État^ ne mérite plus le respect. « La place d autrui est le vrai point de perspective en politique aussi bien qu'en morale *. » De là, en particuher, la possibilité pour un penseur
1. F. de Careil, éd. cit., t. III, p. 282. Consultation sur les Affain's f/énérales.