Id., t. III, p
4. Inédits : Politik and Volkswirtschaft, 8, f» 28. Fragment de première importance. Souligné par Leibniz. Après la phrase citée ici, laquelle est la première, Leibniz écrit : « Et le précepte de Jésus-Christ de se mettre à la place d'autrui ne sert pas seulement au but dont parle Notre Seigneur, c'est-à-dire à la morale, pour connaître notre devoir envers le prochain : mais encore à la politique, pour connaître les vues que notre voisin peut avoir contre nous. On n'y entre jamais mieu.x que lorsqu'on se met à sa place, ou lorsqu'on se feint conseiller et ministre d'Etat d'un prince ennemi ou suspect. On pense alors ce qu'il pourrait penser et entreprendre, et ce qu'on lui pourrait conseiller. Cette fiction excite nos pensées et m'a servi plus d'une fois à deviner au juste ce qui se faisait ailleurs. Il se peut, à la vérité, que le voisin ne soit pas si mal intentionné, ni même si clairvoyant que je le fais, mais le plus sur est de prendre les choses au pis en politique... comme il faut les prendre au mieux en morale... Cependant la morale même permet cette politique lorsque le mal qu'on craint est grand... Ainsi on peut dire que la place d'autrui en morale comme en politique est une place propre à nous faire découvrir des considérations qui sans cela ne nous seraient point venues : et que tout ce que nous trouverions injuste, si nous étions à la place d'autrui, nous doit paraître suspect d'injustice. — Et même tout ce que
de proposer une. action à un souverain. D'ailleurs, l'efTort de cet homme ne semblera notable que le jour où son esprit se sera fondu en Tesprit public, sera devenu l'esprit même du souverain. Pareillement, un Etat doit sympathiser avec les autres, au point de confondre son intérêt particulier avec les fins générales qu'il découvre ailleurs. S'il y échoue, on en doit accuser, soit la fausse ambition d'une politique particulière, soit l'obscurité passagère d'un dessein général mal dégagé. L'Eulope, il est vrai, a pu rarement jusqu'ici s'ordonner selon la raison. Car, « il n'y a d'âme que pour les personnes naturelles; il n'y en a point pour les personnes civiles. » Or, tout Etat est « personne civile..., en laquelle les personnes naturelles sont dans un perpétuel écoulement. » Comme, d'autre part, « l'amitié vraie » n'est point séparable de la fixité, ni « d'une intention de durée perpétuelle,... il ne peut y avoir entre les Etats nulle amitié vraie..., nulle vraie haine \ » Par suite, Leibniz n'espère point supprimer complètement les divergences politiques entre les Etats. Toujours et nécessairement, des désaccords surgiront à propos de problèmes particuliers. Peu importe, après tout, si l'union persiste pour les œuvres essentielles : union ne veut pas dire unité. Or, n'y a-t-il point réellement des œuvres où cessent haines et
nous ne voudrions pas, si nous étions à cettte place, doit nous arrêter pour l'examiner plus mûrement. Ainsi le sens du principe est : ne fais ou ne refuse point... ce que tu voudrais qu'on ne te fit ou qu'on ne te refusât pas. — Penses-y plus mûrement, après tètre mis à la place dautrui, qui te fournira des considérations propres à mieux connaître la consé- (|uence de ce que tu fais... » Passaf/es soulignés par Leibniz. Le manuscrit est graphiquement curieux. C'est un manuscrit format petit papier à lettre, dont la seconde page est toute noircie de signes d'arithmétique binaire.
1. Dutens, éd. cit., t. IV, ni, p. b6I : « Animus non nisi personarum naturalium est, civilium nullus... Respublica est una persona civilis.., in qua naturales sunt in perpetuo (luxu... At amicitia vera non nisi fixa esse débet cum intentione perpeluitatis. Ergo inter Respublicas vera amicitia nulla est... nec odium. »
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désaccords ? Et, quand il s'agira d'étendre la civilisation, les sanglants antagonismes ne feront-ils point place aux associations fécondantes? Pourtant, à ces heures privilégiées, qui ne souffrira de voir se haïr et se persécuter des hommes séparés par la religion ? L'union politique serait-elle donc subordonnée à Funion religieuse ? Et, si la nécessité de cette union politique apparaît à tous les hommes sincères, comment ne s'acharnerait-on pas à créer l'union religieuse? Disjoindre désormais la concorde civile de la concorde religieuse, c'est faire preuve de bien médiocres conceptions. On parle d'une paix universelle et l'on espère convaincre les Européens. Mais, qui ne sait qu'un tel projet exige les armes de la piété pour se faire respecter*? Si M. l'abbé de Saint-Pierre nous « pouvait rendre tous Romains » et nous « faire croire l'infaillibilité du Pape, on n'aurait point besoin d'autre Empire que de celui de ce vicaire de Jésus-Christ. ^ »
Ainsi la création de l'Eglise universelle ne dérive plus seulement d'un rêve chrétien. Une mission pleinement haute ne se peut proposer aux hommes, sans que l'avènement d'une telle Eglise en apparaisse inséparable.
L'Eglise est-elle saisissable ? Sans doute « il faut chercher la véritable Église et l'écouter quand on la connaît^ ». Mais qu'est-ce que cette Église véritable ? La vo^^ons-nous dès maintenant réalisée sur la terre, ou bien est-elle seulement un idéal, projeté par nous sur Texpérience ?