‹ Leibniz et lorganisation religieuse de la terreChapitre 176 sur 305 · Id., t. V, p. 80. JV. Essais, L. I, ch. i · texte numérisé non relu

Id., t. V, p. 80. JV. Essais, L. I, ch. i

4. Inédits, Théologie, vol. III, 8 a : « Commentatiuncula » ... Par. 6: « Quicstiones quse... pertinent ad fundamentum salutis, non debent per

le cardinal Sfondral, par exemple, est amèrement poursuivi par Bossuet et attaqué en Cour de Rome pour avoir soutenu que les païens et les enfants morts sans baptôme peuvent participer au salut, il faudrait qu'on lui pût opposer des textes formels derÉcriture'. Sans doute on doit blâmer les critiques <]ui s'acharnent sur les textes à propos de tous les problèmes ; mais il ne faut pas moins réprouver ces « rationales » qui, lorsqu'il s'agit de damnation et de vie éternelle, se fient à de vagues interprétations au lieu de se conformer à ces textes. La conclusion est rigoureuse : Liberté pour tout ce qui est simplement théorique ou pratique ; scientifique examen du texte pour tout ce qui est « salutaire ». Par suite, nous n'accepterons comme nécessaire au salut que ce qui sera littéralement contenu dans les livres sacrés". Ainsi et ainsi seulement.

consequentiam ex texlu derivari, sed in eo in terminis contineri. »

1. Sur le cardinal Sfondrat, cf. Lettre inédite à Morell, 1" octobre 1697: (Folio 27) : « Le cardinal Sfondrat n'ayant pas voulu nier que les païens peuvent être sauvés, messieurs les prélats de France s'emportent fort làdessus. Cependant de très habiles gens dans l'Eglise romaine ont soutenu ce sentiment, comme j'ai fait voir dans mes lettres à M. Pellisson qu'il a données au public. » Leibniz se plaignait qu'on eût imprimé son nom à la seconde édition des « Réflexions » de Pellisson. « Ce n'est pas ». ajoutail-il, « qu'on se plaigne de l'impression ni qu'on trouve rien ii rétracter, mais c'est qu'on n'aime pas trop de faire du bruit sur ces matières. » [Lettre inédite à .1. de Robethon. janvier i(>9-.] Cf. Lettre inédile à Philippe Naude. 29 décembre 1707 : « Je suis très persuadé que c'est blesser» la justice de Dieu «que de croire par exemple que les enfants morts sans baptême... sont damnés éternellement... Aussi ces sortes de dogmes déraisonnables n'ont-ils aucun fondement dans la SainteÉcriture.etrien n'est plus propre à décrier le christianisme que de les soutenir. » Cf. Inédits. Théolof/ie. vol. XX, f» 301 : n Non dicitur : Qui credet et baptizabitiir, salvus erit. sed qui crediderit. Non dicitur ô -'.!Ttejjojv... sed o --.T-îJîa; aoriston seu indefinitum tempus quod in se hœc omnia complectitur : qui crédit, credebat, credidit, credet. crediderit. credidisset. credilurus esset... » Cf. Mollat. éd. cit.. p. 42 : Méditation sur la notion conimmie de Justice, loc. cit. : « Ceux qui croient que les enfants morts sans baptême sont plongés dans les flammes éternelles, doivent avoir une très faible idée de la bonté et de la justice de Dieu, et blessent, sans y penser, ce qu'il y a de plus essentiel dans la religion. »

2. Inédits, Théuloc/ie. vol. III, 8 a, Commenlatiuneiila, par. 7.

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on pourra dire que « l'Ecriture sera le juge des controverses nécessaires au salut \ »

On répondra, il est vrai, que les versions hébraïques, grecques et latines, créent des divisions. Mais les versions, pour tous les problèmes de première gravité, ne divergent pas d'une manière importante ^ Or, on ne donne pas ici un pouvoir absolu à TEcriture. D'une façon générale, elle n'est pas le juge., mais la norme des controverses '.

La méthode obtenue serait toute négative, si l'Eglise ne se pouvait prétendre infaillible. Or, un tel problème est un cas particulier du précédent ; et les prétentions de l'Eglise ne seront accordables que si elles s'appuient sur les termes mêmes de l'Ecriture. Voilà pourquoi l'énoncé de l'infaillibilité ecclésiastique se réduit nécessairement à ceci : Dieu préservera son Eglise de toute erreur contraire aux vérités « salutaires »: car, en osant dire que l'Égnse peut décider un dogme opposé au salut, on détruirait cette parole de Jésus ; « Les portes de l'enfer ne prévaudront point contre l'Eglise. » Mais, inversement, quand je répète cette promesse, je ne suppose pas quetoutes les décisions de l'EgUse seront justes : je dépasserais alors tout à fait le sens littéral de la promesse. J'entends seulement, dans ce cas, que nulle décision de l'Eglise ne sera damnable. Et je puis être sûr de cette double thèse; car il me faudrait torturer le texte évangélique, pour en extraire, soit une vérité plus large, soit une doctrine plus limitée.

Ainsi les théologiens doivent avant tout travailler à démontrer V autorité de l'Eglise. La déduction sera telle : L'EgUse

1. Inédits, Théologie, vol. III, 8 a : « Scriplura erit judex omnium controversiarum necessariarum ad salutem. » (F" 2.)

2. Id., Th., vol. III, Par. 13 : « Ni fallor. versiones in rébus magni momenti non dissentiunt. »

3. Id., Th., vol. m, 8 6 ; « Dubia et qusesiiones Johannis de Rec/c. » Par. 30.

peut-elle prouver qu'elle ait reçu une autorité particulière ? Si elle y parvient, peut-elle se déclarer inspirée lorsqu'elle fixe certains dogmes «salutaires »? Par malheur la plupart des apologistes catholiques ne réussissent pas à éviter le cercle et prouvent sans cesse l'Eglise par l'Ecriture, l'Ecriture par l'Eglise. Peut-être éclairera-t-on les questions en faisant observer que l'Eglise revôt un double caractère : elle est d'abord un témoin des faits de l'antiquité, témoin que l'on doit examiner avec la méthode historique ordinaire ; mais si, d'autre part, l'étude intrinsèque de l'Ecriture conduit à admettre quelque autorité particulière, j'en puis déduire au profit de l'Église un privilège surnaturel'. Si, maintenant, je reviens à l'Ecriture, et si je m'aperçois qu'elle enseigne non une philosophie mais une doctrine de salut - ; si enfin je discerne en la recherche du salut l'essence même du Christianisme; je suis en droit d'affirmer que l'Eglise dira la vérité en ce qui regarde le salut, mais se pourra tromper pour tout le reste, puisque, par hypothèse, l'Ecriture ne saurait être essentiellement interrogée que pour la connaissance de « la voie du salut ».

On doit donc conclure que l'Eglise romaine ne peut juger d'une manière infaillible et ne peut errer non plus d'une façon damnable. Or, dans une Église qui ne peut errer damnablement

1. Lettre inédite au cliaiioine Reuschenberg, 1" août 1702 : « Je ne suis point i)our les amusements en matière de religion, et je ne voudrais pas que les communications là-dessus fussent sans fruit ; autrement c'est ne pas traiter les choses divines avec assez de respect. Je n'ai point dit que l'Église est un simple témoin, sans caractère de juge ; mais j'ai dit que pour éviter le cercle en prouvant rbcrilure par l'Eglise et l'hglise par l'Écriture, il faut observer que l'Lglise se doit prendre en deux sens différents : Elle sert naturellement comme témoin à justifier les faits de l'antiquité...; mais, le fait de l'autorité de l'Écriture étant établi, on peut s'en servir... pour prouver que l'Église a reçu de Uieu quelque autorité surnaturelle. » (F* 19.)

2. Inédits, Tliéologie, vol. III, 8, F" 7 verso : « Sacra scriptura defenditur » : « Quoniam finis ejus non sit docere philosophiam, sed viam salutis » ; cf. Id.. Th., vol. III, 4, f° I, verso.

tout homme peut vivre en sûreté de conscience.* Un Dominicain, le Père Levesius, déclarait que, dès là, il fallait adhérer à rÉghse romaine; mais Leibniz répondait que les deux attitudes sont très différentes. Ne pas damner une Eglise, c'est admettre qu'aucune erreur capitale n'y est enseignée; y adhérer pleinement, c'est affirmer qu'aucune erreur, même secondaire, nV est mêlée ^

Le problème se simplifie. Car, si aucune erreur capitale n'est relevable, toutes les erreurs de détail sont corrigibles. Leibniz raconte, en une de ses lettres à Magliabecchi, que, lors de son séjour à Rome en 1689, il a esayé de décider les hauts personnages de la cour romaine à abolir enfin les censures au sujet de tous les problèmes extra-salutaires, celui du mouvement de la terre par exemple, ^ ou telle autre théorie philosophique dont la condamnation arrête de façon irrévocable les esprits A raiment sincères.^ Il paraît tout à fait inutile, sinon nuisible, d'étendre l'infaillibilité de l'Eglise jusqu'à des questions de fait ou de philosophie théorique. Qu'on ne s'étonne pas si l'Église n'a pas le pouvoir de connaître infailliblement toutes ces choses ! L'Ecriture elle-même, dont les enseignements « salutaires » seront facilement interprétés pourvu qu'on réfléchisse le texte en sa limpidité première, devient au contraire sujette à mille constestations dès qu'il s'agit de problèmes étrangers au salut ^

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