‹ Leibniz et lorganisation religieuse de la terreChapitre 177 sur 305 · Lettre inédite au R. P. Levesius, 28 décembre · texte numérisé non relu

Lettre inédite au R. P. Levesius, 28 décembre

3. Lettre à Antonio Magliabecclii, 20 octobre 1699 (f» 211). Ci. Dutens, éd. cit., t. V, p. 128.

4. J'ai essayé de montrer plus liaut (cf. p. 283) combien ces condamnations interdisaient à de libres esprits, tels que Leibniz, de se déclarer catholiques.

3. Lettre inédile à Runckel (1707). « Sœpe difficile est loca scripturasacrte ad salutem nostram non pertinentia explicare. » Folio 3.

Doctrine étrangement neuve, puisque, commenlant le dogme tridentin de l'inspiration pour tout ce qui regarde « la foi et les mœurs », certains théologiens finiront par conclure à une hiérarchie des valeurs dans les diverses parties de l'Ecriture. L'inspiration, tout en n'étant pas absente des Livres historiques, se concentrerait en les textes qui concernent le dogme et la morale, c'est-à-dire, en définitive, le salut. Et ainsi, en un sens, Leibniz devancerait, en les appliquant au problème de l'Eglise, les thèses bibliques du néo-catholicisme contemporain.

11 ne suffit pas de déclarer que TEglise est infaillible. Encore faut-il déterminer où réside cette infaillibilité. Ceux même qui, comme Bossuet, accordent en droit l'infaillibiUlé à l'Eglise dispersée ne la reconnaissent en fait qu'à l'Église réunie. L'infaillibilité efficace appartient au Concile.

Mais tout Concile, par ce seul fait qu'il est réuni et accepté, est-il infaillible ? Bossuet le croit, Leibniz le nie. Et ici encore sa négation relève peut-être de très fortes raisons métaphysiques.

L'Eglise n'est pas infaillible par la seule vertu d'une promesse. Il faut encore que par son excellence elle donne lieu à la promesse de se réaliser. Par suite, il ne suffit pas que tous les membres d'un Concile aient la même foi pour que la légitimité du Concile soit assurée : il faut que les membres du Concile soient non seulement attachés à Rome, mais encore soucieux de la vérité partielle que leur confient les peuples qu'ils représentent. Le Concile sera infaillible dans la mesure où il sera parfaite Une fois composé de tous les représentants

1. Leibniz avouait d'ailleurs que la définition d'un Concile véritablement œcuménique et libre, selon les principes protestants, était d'une formulation très difficile. Cf. Rommel, éd. cit., t. H, p. 144.

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de l'Eglise chrétienne, il produira Tinfaillibilité comme un effet nécessaire de sa nature. En définitive, l'effort humain est indispensable, pour qu'en retour se produise la sanction divine. Il faut faire le nôtre, « tandis que nous ne savons pas encore ce qui est résolu là-haut^ ». La promesse de Jésus-Christ n'est réalisable que si l'humanité, et, dans ce cas particulier, rÉgiise, donne la plus haute mesure de sa perfection. Lorsqu'elle sera le plus près possible de l'infaillibilité humaine elle pourra prétendre à l'infaillibilité divine. L'assistance de l'Esprit Saint ne manquera jamais jusqu'à la consommation des siècles, « lorsqu'on procédera d'une façon légitime" ».

La théorie de l'infaillibilité des Conciles semble ici réductible à la thèse leibnizienne de la liberté individuelle. De même que la parfaite liberté, qui ne se trouve qu'en Dieu, provient de la parfaite détermination, ainsi la perfection infaillible au sens divin provient de la perfection infaillible au sens humain. L'infaillibilité divine descend à la façon d'une grâce, comme à la détermination se surajoute la liberté.

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