Cf. Hisl. des Var. Préface
3. .l'ai essayé de montrer, dans Vlntroduclioii à cette deu.xième partie, combien sont superficielles les distinctions entre Protestants et Catholiques qui ne s'établissent que sur le concept de tradition.
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religieux. Ceux qui au xvii* siècle ont nié cet axiome furent des évolulionnistes plus ou moins conscients. Or, Bossuet voyait en toute évolution la marque d'une direction humaine'. Sa haine de la particularité émane métaphysiquement d'une autre haine : haine de Thumain profanant le divin par une « évolution». Si Ton admet une « évolution », même insignifiante, il faudra logiquement conclure un jour à l'évolution intégrale. 11 en est de la religion comme de cet univers qu'un Dieu modificateur aurait simplement ordonné : « Aveugles ! qui n'entendaient pas que d'être capable de forme, c'est déjà quelque forme ; c'est quelque perfection que d'être capable de perfection : et si la matière avait d'elle-même ce commencement de perfection et de forme, elle en pourrait aussitôt avoir d'elle-même l'entier accomplissement" ». Le monde pourtant n'est pas immuable: la rehgion pareillement grandira semblable à elle-même. Telle sera bien la tradition : un mouvement, sans doute, mais un mouvement universel, c'est-à-dire imprégné dune seule essence. ^
La pensée purement religieuse de Bossuet dérive dès lors surtout de sources métaphysiques : Est-ce le philosophe ou l'historien qui pose à Leibniz ce redoutable axiome sur la tradition : « La véritable simplicité de la doctrine chrétienne consiste principalement et essentiellement à toujours se déterminer en ce qui concerne la foi par ce fait certain : hier, on croyait ainsi ; donc, encore aujourd'hui, il faut croire de même ^ »? N'est-ce pas une certitude fondée en dehors de toute expérience ?
i. Hist. des Variât. Préface.
2. Bossuet. Élévations à Dieu sur... les Mystères, Troisième semaine, 2« Élévation : Edit. Guillaume, éd. cit., t. II, p. 187.
3. F. de Careil. éd. cit., t. I", p. 385. Lettre de Bossuet à Leibniz, 28 août i69i!.
Mais, puisque le Chrislianisme s'est réalisé dans le temps, il faut vérifier cet absolu dans l'histoire. Bossuet le sait et ne s'en effraie point : « Je finirai cette lettre, » dit-il, « en vous annonçant deux faits constants : le premier qu'on ne trouvera dans l'Eglise catholique aucun exemple où une décision ait été faite autrement qu'en maintenant le dogme qu'on trouvait déjà établi ; le second, qu'on n'en trouvera non plus aucun où une décision déjà faite ait jamais été affaiblie par la postérité ^ »
Ici se précise la lutte entre Leibniz et Bossuet. En effet,, que signifie cet « hier » ? Qu'est-ce, d'autre part que ce « dogme déjà établi ? » Bossuet est-il assuré de critiquer solidement la tradition ? Est-ce bien même une tradition et non pas une domination contestable de la théorie par la pratique ? Quand il soutient que les décisions n'ont jamais été embarrassantes parce que les plus hauts problèmes étaient d'avance résolus par la foi, les prières et la pratique unanime de toute l'Église -, il construit une thèse tout à fait arbitraire. Si telle fut, en effet, la méthode de l'Église, un dogmatisme, moins