‹ Leibniz et lorganisation religieuse de la terreChapitre 22 sur 305 · Sobieski. Lettres citées, trad. cit., p · texte numérisé non relu

Sobieski. Lettres citées, trad. cit., p

"2. F. de Careil. éd. cit., t. 111, p. 120. Remarques sur un manifeste français.

3. Id. t. III., pp. 181-182. L'influence de Machiavel sur Leibniz dut être assez forte et d'ailleurs très précoce. Il est cité dans le projet sur l'Egypte (Cf. Klopp, édit. cit., t. II, p. 409) et aussi et surtout dans un très important fragment inédit, intitulé : Discours sur les Beaux sentiments (Philosophie, vol. VIII 16, fol. 62-63.) ((Il y a du grand encore dans le mal », lisons-nous dans ce dernier fragment ; « il y a des âmes grandes encore parmi les scélérats; et Machiavel a remarqué que la cause de la rareté des grandes

LES JKSUITES lil

qu'ils ne sont pas assez l)ons, ni assez méchants ». En fait, il fallait, ou bien ôtre fidèle aux Chrétiens, ou bien audacieusement s'allier aux Turcs, et anéantir TEmpire et l'AUemagne '. Mais revenons à l'intérêt môme de Louis XIV. Leibniz se rappelle amèrement ses projets d'autrefois, que des ■guerres stériles ont remplacés. Laissons de côté, dit-il, et le christianisme et la morale : En quoi Louis XIV eût-il été diminué, s'il eût écrasé les Infidèles? « Sa puissance maritime et ses forces, toutes prêtes à la plus grande entreprise, le mettaient en état de terrasser d'un seul coup le monstre du mahométisme : car non seulement l'Asie Mineure et la Palestine, mais l'Egypte même, l'unique ressource de l'Empire ottoman, étaient à sa discrétion, et les progrès des Allemands, obligés d'aller par terre, et peu à peu, ne pouvaient approcher en aucune façon ni de la promptitude ni de la grandeur de ceux de la France. C'était là le moyen le plus glorieux et le plus utile de se précautionner contre l'empereur et de mortifier les ennemis de la France. La conquête d'une belle et grande partie de la terre habitée valait mieux, ce semble, que les misérables chicanes du côté des Pays-Bas et du Rhin pour quelques villes ou bailliages". »

Xe faut-il pas, dès lors, unir toute l'Europe contre la

actions est qu'il y a peu d'hommes fort bons ou fort méchants ; c'est-à-dire parce qu'il y a peu d'âmes grandes. » Non souligné par Leibniz.

On peut relativement fixer la date probable des rapports inlellectuels entre Machiavel et Leibniz. Conring s'occupa des œuvres de Machiavel ; Leibniz nous le dit dans son écrit sur Nizolius (Cf. Gerhardt, Phil. Schr.. éd. cit., t. IV, p. 134), écrit composé en 1670. Or, on sait que Leibniz connut Conring dès le début de 1670 (Cf. Guhrauer, biographie cil., t. I, p. 5o et Gerhardt, Phil. Schr., éd. cit., t. I, p. 163, note 1). Il est donc vraisemblable qu'entre 1668 et 1670 environ, Leibniz lisait déjà Machiavel.

1. F. de Careil, éd. cit., t. III. Remarques sur un manifeste français, p. 182.

2. F. de Careil, éd. cit-, t. III, p. 186. Remarques sur un manifeste français.

b2 L EXPANSION VERS L ORIENT

France ? Ne faut-il pas surtout réveiller définitivement l'Allemagne inconsciente? En 1688, Leibniz songe à publier vingtdeux ordonnances de Louis Xlll, relatives à l'armement rapide et multiplié, aux heures de « pressant besoin ». Ces ordonnances, il les a copiées lors de son séjour à Paris, parmi une foule d'autres actes, « ayant toujours été curieux », dit-il, « d'amasser dans mes voyages ce qui pourrait servir dans les rencontres, surtout en matière d'état et de droit * ». Ordonnances sévères et rigoureuses, atteignant les gentilshommes et leur suite, les corps de métier, et jusqu'aux religieux. Que donc les Allemands fassent de même, « qu'ils assistent... leur souverain, avec corps et biens, et qu'ils songent que cela vaut mieux que de voir sa maison mise en feu, son bien pillé, ses enfants morts de froid, de faim et de misère'" ». Les souverains doivent maintenant « s'entendre en frères », oublier les querelles, « et épargner les Etats les uns des autres, comme leur propre pays^ ».

Cette fois encore, comme naguère en 1670, Leibniz est à moitié arraché à son rêve par l'imminence croissante d'une guerre française. Le 30 août 1688, il écrivait à Ludolf : « Les Turcs pourront être chassés de toute l'Europe si quelque tempête ne nous arrive de l'Ouest \ » Or, le 24 septembre 1688, Louis XIV déclarait la guerre à l'Empereur.

Leibniz devenait donc contraint d'abandonner son rêve ou de le transposer. Si, par la faute d'un homme, la conquête

1. F. de Gareil. éd. cit., t. III. pp. 204 et suiv. A'À7/ Ordonnances de Louis Xlll. roi de France, publiées en \^Z%. dans un pressant besoin pour mettre promptement du monde sur pied.

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