‹ Leibniz et lorganisation religieuse de la terreChapitre 23 sur 305 · Guhrauer. biog. cit., t. II, p · texte numérisé non relu

Guhrauer. biog. cit., t. II, p

LES JKSUITES y3

définie et configurée en un temps apparaissait chimérique, une pénétration lente, continue et diffuse restait possible. Des forces spirituelles s'offraient. L'Eglise catholique, par l'Ordre des Jésuites, se déclarait elle-môme une puissance d'expansion. Peut-être alors, par des voies insensibles, cette même marche vers l'Orient allait-elle être ressaisie.

Ainsi se reconstituerait; à peu près fidèlement, la courbe intellectuelle de Leibniz de 1G72 à 1688 environ. L'apparente déviation n'en fut point arbitraire. De qui, en effet, à défaut de Louis XIV, attendre, à ce moment, la hardiesse d'une action lointaine? Et les Jésuites ne représentaient-ils point la vie religieuse la plus impatiente de rayonnement et la mieux capable de missions ? Sans doute cette évolution, que la fixité du discours semble décrire fatale, fut à peine consciente. Leibniz n'a pas volontairement quitté Louis XIV pour infuser en une autre force son rêve déçu. Les choses elle-mêmes, en quelque sorte, ont saisi et porté ce rêve.

Il paraît impossible de préciser l'époque où Leibniz apprécia les Jésuites pour la première fois. Sans doute, il ne connut aucun Jésuite important avant son arrivée à Paris. Tout au plus relève-t-on dans le catalogue de sa correspondance une lettre du P. Kircher^ datée du 23 juin 1670 et une du P. Fabri datée du 14 novembre 1671-. D'autre part, grâce sans doute

1. Le I'. Kircher peut être considéré comme ayant exercé de bonne heure une influence logique sur Leibniz, à cause de ses essais de langue universelle. Leibniz le cite souvent; il le lut beaucoup, surtout au moment où il composa son « Ars combinatoria ». Cf. sur ces questions Couturat, Logique de Leibniz, ouvr. cit., pp. 52-54.

2. Cette lettre du P. Fabri est importante. Cf. Gerhardt, Phil. Schr., éd. cit.. t. 1=', p. .jS, une lettre de Leibniz au duc Jean-Frédéric s. d., où

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à Boineburg, une correspondance importante s'inaugurait le 7 juin 1670, avec le Jésuite polonais Kochanski. Mais elle était, au début, surtout mathématique ^

Comment donc réussir à fixer l'état d'esprit de Leibniz avant 1672? Quelques faits épars nous sont heureusement réservés.

Ainsi, l'un des premiers enthousiasmes littéraires de Leibniz fut pour un Jésuite, le P. Spee, dont il lut, vers 1669, grâce au prince Jean-Philippe de Schônborn, le Livre d'Or des Vertus. Toute sa vie, il célébrera cette méditation sur la Foi, l'Espérance et la Charité'. Peut-être admirait-il aussi en ce Jésuite une héroïque tolérance. Jusqu'en 1710, à l'époque de la Théodicée, il se rappellera un récit de Schônborn, lui montrant le P. Spee, confesseur de « sorciers », assez libre d'esprit pour les croire et les déclarer innocents*. Son estime des Jésuites était peut-être d'ailleurs mêlée de très vieux ressouvenirs : lors de sa première enfance, il avait puisé ses enseignements logiques dans des Scolastiques Jésuites, tels que Fonseca et Suarez. Et il les avait lus avec

Leibniz fait allusion à une lettre du P. Fabri pleine d'éloges sur sa philosophie naissante.

1. La correspondance de Leibniz et du R. P. Kochanski, tout à fait capitale au sujet des rapports de Leibniz et du monde slave, ainsi qu'on le verra au chapitre suivant (cf. pp. 116 et suiv.) a été récemment publiée par MM. Bodemann et Dickslein dans le recueil polonais : l'race matematyczno-fizyczne, t. XII (1901), pp. 225-78 et t. XIII ('190i), pp. 231-84, Warszawa. Quoique mathématique à ses débuts, la correspondance de Kochanski contient des renseignements sur le P. Kircher, le P. Fabri, le P. Lana (lettre du 7 juin 1670, cf. t. XII. p. 227). Cf. aussi Id., t. XH, p. 231.

2. Cf. Gerhardt, Phil. Sclir., éd. cit., t. VII, p. o50. Lettre à l'Electrice Sophie. On peut conjecturer la date de 1669, parce que Leibniz parle déjà du P. Spee dans le 'premier plan d'une Société des Arts et des Sciences (F. de Careil, t. YII, pp. 27-sqq. Cf. p. 41), plan qui doit être daté de 1669 ou 1670. D'autre part, Leibniz nous disant que c'est par le prince de Schônborn qu'il connut le livre du P. Spee, on ne peut reculer la date plus loin que 1668. Leibniz connut en effet Jean-Philippe par Boineburg, et il vit ce dernier pour la première fois au printemps de 1667. Cf. Bodemann, Briefwechsel, cat. cit., p. lOo, frag. d'une lettre à Imhof.

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