‹ Leibniz et lorganisation religieuse de la terreChapitre 234 sur 305 · Bossuet, Traité du Libre Arbitre, ch. ii · texte numérisé non relu

Bossuet, Traité du Libre Arbitre, ch. ii

2. Id., Élécations à Dieu sur les Mystères, 3" semaine, 4» Elévation, éd. Guillaume, t. H, p. 188.

3. Id., Sermon sur Jésus-Christ objet de scandale, édit. Lebarq, éd. cit.. t. l", p. 459.

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suct, une métaphysique, telle que le leibnizianisme, ambitieuse d'étreindre rintérieur de la nature, est une folle anticipation de la vie triomphante. On compi'cndrait mal Bossuel, si Ton en faisait un pur Cartésien. Quand il s'occupe de philosophie, il suit la méthode cartésienne, parce que la séparation de la philosophie d'avec les problèmes mystiques lui semble la suprême piété; mais il ne nie pas pour cela que le point de vue intérieur et divin soit le point de vue le plus haut. Seulement, il ne le croit possible qu'en Dieu, c'est-à-dire au delà de notre vie. Mais, si le Christianisme est une révélation totale, en lui et non ailleurs est enveloppée une métaphysique. De là, la thèse de la logique interne du Christianisme; de là, la frayeur de voir les mystères s'éclaircir, devenir aisés et adaptables à une raison obscurcie et déchue; de là, la défiance de cette nouvelle métaphysique, qui entreprend d'aborder jusqu'aux Mystères.

Sans doute, le débat entre Bossuet et Leibniz ne heurta jamais contre d'aussi graves problèmes. Mais, par delà les discussions spéciales, tous deux pressentaient qu'aucune union spirituelle ne se préparait pour eux. Non que celte divergence profonde fût la cause de l'échec précis de leurs rapports. Mais cet échec est le signe de celte divergence, puisque toujours, selon Leibniz, les «composés symbolisent avecles simples ^ » .

Dans l'action, Bossuet s'écartait également de Leibniz, en ce' qu'il s'obstinait à négliger le fait. Leibniz considérait la séparation comme un fait qu'il faut constater, comprendre, et ensuite transformer selon nos forces. Le Concile

1. « Monadologic ». Par. 61 : « Et les composés symbolisent en cela avec les simples. »

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de Trente est accepté des Catholiques; mais les Prolestants ne \e peucent recevoir. QuV faire? — S'obstiner? C'est une moitié de l'Europe qui se détache de l'autre. — Qu'importe, si le salut doit dominer le bonheur terrestre ? Transige-t-on avec le Ciel, comme avec les intérêts de ce monde-ci?

Voilà où résidait pratiquement la différence fondamentale : L'un pensait surtout aux hommes ; l'autre surtout au Dieu dont la rio'ueur le hantait.

Leibniz, de plus, était fidèle à sa plus profonde pensée métaphysique. Parfois, quand nous supposons qu'il exprime une doctrine entièrement personnelle, peut-être se préoccupe-t-il surtout de transcrire docilement le fragment de la vérité universelle, qui, à cet instant, et à la faveur d'une excitation déterminée, s'éclaire, pour la conscience, d'une lueur privilégiée. La réalité est si riche qu'une formule verbale, nécessairement unilinéaire, n'en peut découvrir qu'un aspect. Le Protestantisme nous conduit à voir les choses d'un « point de vue » déterminé, d'où sort bientôt une vérité qui, à mesure qu'on la pressera, s'harmonisera avec d'autres véritésdistantes. C'est bien là « l'empirisme » vrai : trouver « l'explication » de tous les <( raccourcis » naturels.

Pour qu'une méthode si monadique soit quelque jour réalisable, il importe de détruire l'obstacle qui fut jusqu'ici le plus invincible : Vabus. Leibniz réprouve non pas tant la vie privée de certains prêtres que les superstitions qui en maints endroits se mêlent au culte ^ Bossuet répondait que ces abus,

1. Lettre inédite 'd. XnmhdA Marchetti (1702) : « Tecum sentio in conlroversiis agi non de hominuni corruptis moribus. sed de pravis doctrinis, et de abiisilDus qui publica auctoritate sustinentur ». F" 8.

si déplorables soient- ils, ne doivent pas arrêter les Protestants, puisque après tout personne n'est obligé d'y participer. Sans doute : mais personne aussi ne se devra contraindre à violenter sa foi native pour entrer dans une Eglise lourde d'abus. D'ailleurs, l'abus n'est pas seulement une déviation cérémonielle. 11 est théorique en puissance, puisque les pratiques contribuent à édifier les théories.

Une réforme s'imposerait donc, que dirigerait le Pape luimême, suivi parle clergé séculier de France, les Catholiques d'Allemagne et toute la partie intelligente du clergé italien '. La congrégation des Saints Rites chargerait des délégués de s'informer de toutes les pratiques suspectes; on ferait dresser des formulaires de toutes les dévotions en usage dans les couvents : finalement, on interdirait aux Religieux de rien innover en matière de culte, et de faire circuler parmi les fidèles des livrets imprégnés de dévotions nouvelles ".

L'union serait préparée de cette mmiière plus directement peut-être que par des discussions théoriques. « La plupart des objections qu'on peut faire contre Rome sont plutôt contre la pratique du peuple que contre les dogmes ; et cette pratique étant désavouée publiquement, ces objections cesseront'. » Qu'il n'y ait ici nulle équivoque : sans doute, on trouvera plusieurs évêques tels que Bossuet corrigeant selon leurs forces certaines pratiques de leur diocèse. Rien de commun entre ces efforts sincères mais occultes et le blâme pubUc et officiel que l'on réclame. « Ce serait le vrai moyen de lever les

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