‹ Leibniz et lorganisation religieuse de la terreChapitre 235 sur 305 · Id.,t. II, p · texte numérisé non relu

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obstacles ; autrement plusieurs s'imaginent qu'on ne cherche qu'à plâtrer les choses '. »

Peut-être d'ailleurs Leibniz juge-t-il que l'on pourrait perpétuer l'œuvre des sectes viables. Toutes les sectes sont à la fois négatives et positives. Et, si l'on approfondissait chacune d'elles, on y trouverait toujours une vérité, issue en «juelque sorte d'une indignation, et destructrice d'un abus; si bien que chaque secte, en dépit d'elle-même, tracaillerait à la réunion.

Les Jansénistes, par exemple, ont réellement préparé l'union religieuse en essa\^ant de rétablir le vrai amour de Dieu. Sans doute, les Jésuites ont eu raison d'affirmer contre eux le salut des Païens aimant Dieu ; mais, quand ils ont osé écrire que les CathoUques ne sont plus obligés à l'amour de Dieu parce qu'ils possèdent les sacrements, ne devaient-ils pas être écrasés .^ Les Jansénistes ont obtenu un tel triomphe : Le Pape blâmant la morale des Jésuites, en dépit des condamnations dont il frappait par ailleurs les Jansénistes, célébrait l'œuvre janséniste. « Ces messieurs », déclare Leibniz, « travaillent véritablement pour la paix de l'Eglise y car, plus ils détruiront d'abus, plus ils rendront la réconciliation aisée '. »

Dès lors, sans craindre de systématiser à l'excès des pensées éparses, on pourrait soutenir que Leibniz complétait l'une par l'autre la doctrine des Jansénistes el celle des Jésuites. Les Jésuites sauvent noblement les Païens ; mais ils sauvent indignement les Chrétiens ; les Jansénistes damnent orgueilleuse-

1. F. de Careil, éd. cit., t. I", p. 176. Lettre de Leibniz à M"»» de Brinon. s. d.

2. RommeL éd. cit., t. H, p. 308. Cf. aussi Inéditf, Théologie, voL VII, 5, f"' 8a et suiv. Remarques sur les Entretiens de la politique du Clergé de- France.

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menl les Païens, mais, en revanche, exigent des Chrétiens un eiïort altier. A la doctrine janséniste de l'amour redressé se m(Me la thèse de la grâce, thèse que la généralité des penseurs croit seule capitale. Tout au contraire Leibniz, qui pourtant vante la théorie des Jansénistes sur la liberté extraite d'une parfaite détermination, pense que la controverse de l'amour fut chez eux plus importante que la question même de la grâce. Par l'amour de Dieu, tel que les Jansénistes le j)romulguèrent, l'union se préparait d'elle-même entre les Catholiques elles Protestants'.

Les Jésuites rendaient à jamais impossible une telle union. Leibniz, qui a célébré leur activité de missionnaires, leur intelligente souplesse et la fécondité possible de leurs principes, a toujours violemment repoussé les restrictions f|u'ils apportèrent à l'obligation pour un Catholique d'aimer Dieu. Il a transcrit lui-même ces principes du Jésuite Molina : « Avant la loi de la grâce et Tinstitulion des sacrements capables de justifier ceux qui ne sont qu'attrits, on était obligé d'exercer plus souvent l'acte de l'amour divin, surtout lorsqu'on était souillé de quelque péché mortel... ; et alors, quand on faisait le sien. Dieu ne manquait pas de donner sa grâce pour cette charité surnaturelle... Maintenant que Dieu... a institué par Jésus- Christ notre rédempteur les sacrements de la nouvelle loi, on n'est pas tant obligé à cet amour, parce que le sacrement de pénitence suffit avec l'attrition-. »

\. Cf. Rommel. éd. cit., t. l", p. 36.5 : « L'Eglise a deux grandes obligations à M. Arnauld... L'une, d'avoir établi excellemment ce grand principe de la nécessité de l'amour de Dieu sur toutes choses; l'autre, d'avoir travaillé avec succès contre les corrupteurs de la morale chrétienne ». Cf. Id., t. II, p. 22ti, où Leibniz dit que ce quil y a d'important dans la controverse entre les Jésuites et les .Jansénistes, c'est la question de l'amour divin ou « de la pénitence sincère indépendante de la crainte et de l'espérance ».

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