Klopp, éd. cit., t. XI, p. 101, 12 mai
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Oublions cependant toute analyse et travaillons à faire revivre en nous-mêmes cet effort d'union religieuse. Comme pour l'effort d'expansion, essentiellement tout procède ici d'une vision concrète. Leibniz a réellement perçu la réalité religieuse ; et nulle reconstitution ne renouvellerait artificiellement cette pleine pénétration des choses. 11 a saisi deux Europes : Une Europe du Nord, une Europe du Midi. Vrai ou faux, cet antagonisme est fondamental en sa pensée : Europe du Xord, protestante, régénératrice du Christianisme ; Europe du Midi, romanisée, en possession d'une autorité qu'il importe de reforger. Entre ces deux Europes, un pays mi-protestant, mi-catholique, transition réalisée par la nature : la France. A l'autre extrémité de l'Europe, la Russie, indécise encore, nordique assurément, et cependant distincte de la République du Nord qu'il s'agit d'unifier. Vivante transition, elle aussi, elle menace et accable la nation protestante de qui le Protestantisme avait espéré son salut. Telle est la décisive et constante intuition.
Peu à peu elle se transfigure à mesure que Leibniz la précise. 11 s'acharne à n'en supprimer nulle portion viable. 11 sait l'Empire presque mort ; pourtant ne pourrait-il, grâce à la Cour de Vienne, atteindre Rome ? Des négociations très complexes et très obscures le montrent en rapports constants avec la Cour de Vienne, et impatient d'y faire quelque voyage secret. Mais les efforts d'union avec l'Église romaine peuvent échouer. Ne convient-il pas alors de fortifier et d'unifier les Eglises protestantes ? L'abus le plus criant étant l'anathème mutuel, il faut travailler à rapprocher d'abord les sectes les plus voisines. Voici les Réformés et les Évangéliques : Après qu'ils se furent, au temps de Calvin et de Luther, anathémathisés les uns les autres, on vit les animo-
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silés décroître, au moins entre les esprits éclairés. De plus, les cours de Berlin et de Hanovre ont intérêt à se rapprocher. L'Angleterre et les Provinces Unies sont soumises à un môme roi protestant. Un héros protestant dirige la Suède. Yaincrat-elle ?
Comment s'étonner que se môle à TetTort « irénique » de Leibniz un nombre sans cesse croissant de mobiles diplomatiques ? La question est dénuée de sens, puisque l'union ne se peut réaliser que par les œuvres des grands politiques. Guillaume d'Orange, Charles XII, Frédéric I" sauront-ils être les souverains protestants ? Tout l'avenir est fondé sur leur destin.
Us ne surent pas être ces souverains. Leibniz se plaignait un jour à la princesse de Galles de la légèreté politique du roi de Prusse, qui eût voulu voir l'alTaire immédiatement conclue. En Charles XII il crut à peine quelques années. 11 pressentait la supériorité de Pierre le Grand, et le voulait, dès lors, associer à l'œuvre nouvelle. Des textes indéniables nous montrent un projet d'union des Églises que dirige en Russie le prince Kourakine et auquel Leibniz est mêlé, probablement depuis 1707 ^ D'autre part, Leibniz a montré les droits du Hanovre à la couronne d'Angleterre. Plus que jamais le Protestantisme doit être fortifié ; plus que jamais aussi, il doit être uni. Fusion des Évangéliques et des Réformés dans l'unité nouvelle de l'Église anglicane, — elle-même de plus en plus adaptable à une Église romaine transfigurée.
Tel est le plan que Leibniz construit sans cesse sur la réalité historique intégralement transpercée. « L'Eglise Uni-